TEST – Lost Sphear, en quête de souvenirs

Si les personnages de Lost Sphear sont en quête de souvenirs pour sauver le monde, il n'est pas impossible que le jeu ravive également des souvenirs chez les joueurs. Ceux de nos bons vieux RPG d'antan.

Lost Sphear

(testé à partir d’une version PS4 fournie par l’éditeur)

Lost SphearDernièrement, Square Enix s’est mis en tête de titiller la nostalgie des « vieux » gamers en misant sur des RPG à l’ancienne. Ainsi, on a pu voir récemment une réédition de Romancing Saga 2 (dont le test est à retrouver par ici) sorti à l’origine au siècle dernier. Le bon vieux Secret of Mana de 1993 trouvera également une seconde jeunesse et pointera le bout de son nez dans le courant de ce mois de février pour un remake 3D. Les vieilles gloires sur le retour ne sont pas les seules à surfer sur la vague nostalgique puisque Square Enix a aussi fait le pari de miser sur de nouveaux titres s’inspirant des anciens. I am Setsuna a donc débarqué dans cet objectif en 2016 et s’en est tiré avec des mentions honorables. Aujourd’hui, son studio de développement Tokyo RPG factory a remis le couvert avec Lost Sphear qui va nous intéresser aujourd’hui. La question qui se pose est la suivante : la recette de la nostalgie a-t-elle fait mouche ? Je vous propose de le découvrir en quelques lignes.

White washing

L’aventure débute dans les pas d’un petit trio de jeunes adolescents composé de Kanata, Luminia et Locke. Ces derniers ont grandi en orphelins dans le petit village d’Elgarthe et en sont aujourd’hui les sortes de vigiles. Leur but étant de tenir à distance les monstres assez téméraires pour pointer le bout de leur truffe. Tout aurait pu demeurer aussi simple que ça, sauf qu’à son retour d’une petite chasse aux bestioles, notre sympathique bande constate que leur village a disparu. En fait, il semble avoir été tout simplement gommé et il ne reste qu’une zone toute blanche, comme sur une page vierge. Décontenancés, nos 3 amis tentent de comprendre ce qu’il se passe et c’est durant leur quête de réponses qu’ils rencontrent Van qui deviendra le quatrième larron du groupe. Pour autant, toujours aucune explication jusqu’à ce que Tanaka comprenne, lors d’un étrange rêve, qu’il a la capacité de « ramener » les zones perdues grâce à des souvenirs de la-dite zone. Après avoir ramené son village, Kanata et ses comparses se mettent en chemin pour sauver le monde, car le gommage de zone se produit partout ailleurs… et il y a du pain sur la planche.

Un groupe d’ados, un élu qui doit sauver le monde, c’est la première partie des clichés des RPG qui vont jalonner ce Lost Sphear. Même si le scénario demeure agréable à suivre, on constatera très vite qu’il se révèle rarement réellement surprenant. Les personnages aussi sont tous plus ou moins des clichés ambulants, resucées de ce que l’on retrouve habituellement dans les RPG d’époque. Les interactions entre les différents protagonistes manquent de plus parfois de crédibilité et frôlent souvent avec le mielleux. D’ailleurs, le jeu est très bavard et on a vite l’impression de ne pas pouvoir faire 200 mètres en liberté sans être interrompu par un dialogue. L’occasion de noter que les textes ont été traduits en français. Alors oui, il y a des fautes, des approximations et quelques textes dans les menus sont au mieux énigmatiques mais au moins, c’est en français. Cela peut sembler étrange de le souligner, mais encore beaucoup trop de jeux sortent chez nous sans être traduits. Il n’y a qu’à voir la majorité de mes derniers tests pour s’en convaincre.

La théorie du vieux pot ?

Alors Lost sphear ne s’en cache pas, il est une ode aux RPG d’antan. Pour ce faire, le titre de Tokyo RPG Factory joue notamment sur une esthétique tout droit sortie de la fin des années 90 mais en parvenant à garder certaines touches de modernité. Les graphismes ne cassent cependant pas trois pattes à un canard, et même s’il y a un charme certain qui se dégage, les environnements sont souvent austères et paraissent bien vides. Seuls quelques plans nous extasieront vraiment, ce qui est mieux que rien me direz-vous. L’ambiance des RPG d’antan se poursuit aussi sur le plan musical. Même si on ne se retrouve pas avec des pistes en MIDI, les sonorités simples au piano accompagnées de quelques percussions ne manqueront pas de faire remonter des souvenirs (pour moi c’était FF VII). Après les morceaux restent assez génériques et vite redondants. Encore une fois, il y a quand même quelques exceptions qui sortent du lot et qui sont un régal pour les oreilles.

Il n’y a pas que sur l’ambiance que Lost Sphear a travaillé son aspect RPG à l’ancienne. Le gameplay est lui aussi inspiré de cette époque. On a donc le droit aux fameux combats au tour par tour. Alors ici, on ne fait pas bêtement face à ses adversaires puisque l’on peut déplacer nos héros sur l’ensemble de la zone d’affrontement. Étant donné que chaque personnage a une porté différente, il y a un côté stratégique dans la recherche du meilleur angle d’attaque pour faire des dégâts sur le maximum d’adversaires.

En parlant d’attaques, outre celles de bases, tous nos personnages pourront s’équiper de Spirites qui leur octroieront des pouvoirs spéciaux. Oui c’est un peu le principe des matérias de FF7. Le petit plus sur ce Lost Sphear, c’est que les Spirites peuvent être couplées avec une autre Spirites pour booster les effets. Dans la pratique, il suffira de cliquer sur la bonne touche au bon moment lors du combat à condition que la jauge d’action soit suffisamment remplie. Les Momentums (c’est le nom de ces actions QTE) nous oblige ainsi à rester concentré et actif durant les combats. Impossible de jouer à la pépère en sélectionnant simplement les actions dans les menus.

L’autre particularité de ce Lost Sphear, ce sont les Exomech. Après quelques heures de jeu, nos personnages pourront en effet grimper dans de petits exosquelettes, qui leur apporteront plus de puissance et de capacités. La chose intéressante c’est que l’on peut descendre ou monter de sa machine à n’importe quel moment du combat. Une capacité d’exomech faisant baisser la jauge d’utilisation que l’on ne peut remplir qu’à l’auberge, leur utilisation relève de la gestion et de la stratégie.

Lost SphearTout cela constitue les artifices du jeu destinés à dynamiser les combats. Dommage en revanche que le bestiaire joue beaucoup sur le recyclage, on retrouve rapidement toujours les mêmes ennemis avec seulement quelques changements de couleurs. Et pourtant, comparé à certains RPG, même de l’ancienne époque, Lost Sphear propose beaucoup moins de combats aléatoires. Déjà, il n’y a aucun combat sur la carte du monde. On peut certes se balader tranquillement mais on a vraiment l’impression qu’il manque quelque chose lorsque l’on trottine entre deux points d’intérêt.

Il ne reste donc que les bastons dans les zones à proprement parler, et il n’y en pas vraiment plus à se mettre sous la dent. Les rencontres ne se déclenchent pas à tout moment de manière aléatoire comme pour les premiers Final Fantasy en 3D par exemple. Les ennemis sont déjà présents à l’écran et le combat se lance lorsque vous les approchez, l’occasion de prendre un petit avantage si vous les prenez à revers. Le problème c’est que le nombre d’ennemis par zone n’est pas très élevé, et il faut absolument quitter la zone pour qu’ils réapparaissent. Du coup, on se retrouve à faire des entrées-sorties à répétition lorsque l’on veut gagner quelques niveaux pour affronter un boss. Je touche là d’ailleurs un point qui m’a chagriné concernant le levelling que je trouve un peu linéaire, justement à cause de ce manque d’ennemis.

Pour finir d’aborder le gros du gameplay de Lost Sphear, je vous ramène sur la world map. Je disais qu’il n’y avait pas d’ennemis, en revanche, on y trouve des emplacements à Artefacts. « Kezako ? » me direz-vous. Hé bien, il s’agit d’objets que vous placez sur la carte, tels des totems, pour vous octroyer divers bonus en tous genres. Le principe est plutôt bien pensé et l’on choisira le type de bonus que l’on souhaite se donner en fonction de son style de jeu. Attention tout de même car vos ennemis bénéficient des mêmes bonus ! Pas de jaloux comme ça.

En conclusion, Lost Sphear est un jeu sympathique mais loin d’être exempt de défauts. Il y a un manque d’âme dans le titre, en premier lieu à cause d’une galerie de personnages clichés et un scénario aux thèmes usés quasiment jusqu’à la corde. Le système de combat tente des choses intéressantes sans pour autant apporter un véritable souffle nouveau que l’on aurait aimé voir. Le jeu se perd aussi dans une certaines linéarité, proposant maladroitement et timidement des activités annexes anecdotiques. Heureusement le titre se laisse picorer jusqu’au bout sans se montrer indigeste. La bonne volonté pour coller aux grands classiques du RPG d’antan est visible et louable mais ne suffit pas à faire un jeu mémorable. On peut même dire qu’à vouloir rendre hommage aux plus grands, Lost Sphear a sans doute finalement péché par excès de classicisme.

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Points forts

  • Une ambiance de RPG d'antan
  • Des mécaniques de gameplay intéressantes
  • Une traduction française

Points faibles

  • Une grosse dose de clichés
  • Un peu trop linéaire
6.5

Fair

Ma devise : "Raler, c'est utile uniquement si tu en profites pour apporter une solution... sinon ça reste juste un plaisir".

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