Peut-être avez-vous joué à There Is No Game: Wrong Dimension. Si tel est le cas, vous allez retrouver Sherlock et Watson dans une aventure qui démarre dans le studio de développement de Draw me a Pixel. Alors qu’ils étaient en train de fêter la release de leur dernier jeu, un personnage a disparu créant une série de bugs malvenus et un review bombing quasi historique.
Le syndrome du personnage principal
221 B Baker Street, un matin comme un autre, un facteur qui montre un peu trop d’affection peut-être envers ce bon Dr Watson qui vient récupérer une mystérieuse lettre. Mystérieuse car elle s’adresse, non pas au détective qui habite cette célèbre adresse, mais à son assistant et ami. Mystérieuse car elle vient de la part d’une personne inconnue de notre docteur. Une dénommée Emma qui va s’opposer à Sherlock et nous engueuler quand on mettra trop de temps à résoudre une énigme.
Nos deux compères vont alors partir à sa recherche et c’est là que tout le génie de la narration prend son envol. Entre ce qu’on nous montre et ce qu’on a tenté de nous raconter dans l’intro, nous comprenons que nous jouons des personnages prisonniers d’un jeu vidéo, car principaux protagonistes. Ce faisant ils vont jouer littéralement avec les bugs, les types de versions (alpha, bêta, concept,…) et même les outils des développeurs : le tableau dans l’éditeur de scène, un grand moment.
Une narration qui va se centrer sur Watson, Sherlock étant à la fois hermétique à ce qui se passe autour de lui : tout est normal, quand le joueur (vous) démarre une voiture et que Watson lui dit qu’il n’a rien fait, il ne le croit pas et embraye la première. Sherlock devient alors l’esprit cartésien, le Scully de l’aventure, qui va asséner ses remarques acerbes mais toujours amusantes sur les autres personnages et l’environnement. Le cartésien devient ridicule en ne croyant pas être dans un jeu vidéo, inversion du comique.
Élémentaire ?
Conçu comme un Point & Click, Crushed in Time est littéralement un Point & Stretch. Tout le gameplay est orienté sur le cliquage de trucs pour les étirer créant ainsi une interaction : déplacer, casser, éjecter objets et personnages pour trouver la solution de l’énigme du tableau ou niveau présenté. Des énigmes dont on comprend assez vite le but
Un concept simple, évident à comprendre qui va se décliner, au long des 8 heures de jeu, en QTE, jeu de rythme, de réflexe ou de précision. Et ma foi, il n’y a pas grand chose à rajouter sur les mécaniques de jeu. En revanche, il faut préciser que les énigmes sont équilibrées, dans le ton de ce que le jeu tente de nous faire vivre, amusantes. Simples ? Pas toutes, mais une fois résolues, on ne se dit pas que la solution était introuvable. D’autant que si vous voulez passer un peu vite, une aide vous propose de vous donner des indices sur certains éléments clefs du tableau. Et ces indices sont, à quelques rares exceptions près, des solutions données sans contrepartie. Rien d’élémentaire pour rester dans la thématique de nos protagonistes, mais suffisamment ouvert pour que le jeu attire un public large de tout âge et d’horizon de gamer.
Et puis surtout il faut noter le changement de rythme, les variations dans les tableaux : ici un manoir à investiguer, là un jeu Game & Watch dont il faut sortir, ou un tableau blanc avec des post-it à escalader. Une constante rupture d’environnements et pourtant pleinement cohérente avec le propos.
Le seul défaut est à attribuer à deux derniers chapitres qui s’étirent en longueur, un en particulier où il faut trouver comment récupérer 30 trucs (j’écris trucs pour ne pas spoiler le jeu). On en aurait mis 20 que ça aurait fait tout autant le travail d’autant qu’il y a beaucoup de doublons dans la résolution de leur récupération.
Crushed in Time tient sa promesse des bonnes heures amusantes, drôles et intelligentes. Le jeu est malin dans ses énigmes, son gameplay, sa narration et ses ruptures de rythmes et d’environnement. La bonne surprise de ce presque début d’été. Une fin qui s’étire un peu pour un jeu dont le principe est d’étirer les choses, après tout, pourquoi pas ?






