TEST – Split Fiction : des paillettes et des regrets

Split Fiction perpétue la tradition des jeux en coopération d’un studio emmené par Josef Fares.

split fiction

Split Fiction est le tout nouveau jeu du studio Hazelight. Cette équipe dirigée par Josef Fares, célèbre personnalité de l’industrie, est réputée pour nous servir des expériences de jeu coopératives. Et quand je parle de coopération, je parle de coopération locale, une fonctionnalité qui a disparu des radars de trop nombreux studios. Ainsi, des titres comme A Way Out et It Takes Two ont pu éclore et séduire la communauté. C’est désormais le tour de Split Fiction de convaincre d’une part, et de passer derrière son prédécesseur qui a été gratifié d’un titre de Jeu de l’Année.

On ne vous le cache pas, on est très friands des jeux coopératifs en local, tant ils se font rares, tant il est difficile de se caler des sessions online avec des amis ou en famille lorsque l’on a un train de vie qui ne nous le permet pas forcément. On l’attendait d’autant plus depuis que It Takes Two s’est révélé comme un gros coup de cœur. Bref, vous l’aurez compris, l’impatience était à un degré très élevé lorsqu’on a enfin lancé Split Fiction un soir de mars 2025, dans le plus grand des calmes.

Trop beau pour être vrai

C’est à peu près le ressentiment de l’une des deux héroïnes de l’histoire de Split Fiction, Mio si on se veut précis. Le contrat proposé par Rader Publishing est alléchant pour cette écrivaine amoureuse de science-fiction. Pourtant, son instinct ne la trompe pas lorsqu’elle souhaite faire marche arrière… bien trop tardivement. Elle se retrouve alors dans l’imaginaire de Zoé Foster, grande fan de fantasy. Deux genres littéraires qui sont opposés dans le jeu de Hazelight Studios, tout comme les personnalités des deux héroïnes.

C’est sur cette dualité que repose Split Fiction. Deux protagonistes à incarner selon vos préférences, vos envies. L’un(e) incarnera donc Mio et l’autre incarnera Zoé. Au cours de notre progression, on alterne donc régulièrement entre la découverte d’un monde de science-fiction imaginé par Mio et celui pensé par Zoé qui tire son inspiration de la fantasy (fées, trolls, dragons, etc.). On y perçoit aussi quelques références sympathiques à d’autres jeux et univers connus. Je suis sûr que personne ne manquera le clin d’œil aux sables du temps…

Là où les créateurs du jeu ont ingénieusement pensé les choses, c’est au niveau des mécaniques de jeu. Les héroïnes disposeront alors de pouvoirs et compétences en adéquation avec les univers proposés. Mieux encore, Mio et Zoé ne possèdent jamais les mêmes capacités, et elles ont besoin l’une de l’autre, ce qui pousse souvent à une réflexion collective lors de certaines phases de jeu. On joue alors sur la cohésion, le timing, et l’esprit d’équipe. On serait de mauvaise foi d’omettre que le level design est de qualité, ingénieusement pensé pour une session coop agréable. De même, le titre varie alors les genres, les caméras, les sessions de plateforme, beat’em up, bossfights à travers un rythme effréné. Plus on progresse, plus on a envie d’en découvrir plus. Les personnages que nos héroïnes incarnent sont tout aussi variés que les univers qu’elles explorent, et on en ressort avec de l’excitation, de la satisfaction et de la curiosité.

Trop beau pour être parfait…

Pourtant, on ne repart pas pleinement rassasié de l’expérience de jeu. Comme ce fut le cas pour It Takes Two, certaines séquences tirent en longueur. C’est accentué par la simplicité des mécaniques et par un schéma de jeu qui se répète assez souvent : Découverte d’un monde et du perso imaginé, exploration simpliste, séquence de parkour/plateforme, puzzle coopératif, nouvelle séquence de parkour/plateforme, et session contre le boss pour certains mondes. Si le rythme et la vitesse à laquelle on parcourt les environnements varient, on remarque tout de même une redondance de ces plateformes à enjamber, de ces simples poteaux sur lesquels on saute pour passer d’un lieu à un autre. On vit alors des séquences qui, sur le fond, n’inventent rien, que l’on a vues et revues dans n’importe quel jeu du genre plateforme. Et vu le nombre de fois où l’on nous demande de sauter d’une plateforme à une autre, avec une assistance à peine cachée, on a hâte que ce petit moment se termine tant elle n’affiche pas un grand intérêt.

Par contre, l’une des grandes satisfactions va tourner autour de sa réalisation. Hazelight joue énormément sur les plans affichés, passant de la 2D à la 3D à une vitesse toujours bien rythmée, du simple jeu de plateforme au beat’em up et frôlant bien d’autres genres. Mio et Zoé auront chacune des pouvoirs, donc chacune des responsabilités, et l’une aura souvent besoin de l’autre pour progresser. C’est du déjà-vu, mais c’est suffisamment bien réalisé pour apprécier la séquence. D’ailleurs, le jeu se montre bien coriace au cours de séquences de bossfight qui sont intenses et qui devraient donner du fil à retordre à bien des joueurs.

Ensuite, mon plus grand regret dans Split Fiction, cela reste et restera toujours le manque d’interaction avec l’environnement. Il est rare de créer ainsi de l’interaction avec l’environnement (à quelques exceptions près) et que cela impacte le gameplay derrière. C’est souvent d’ordre de la distraction. Si on nous propose des lieux divinement beaux, des séquences qui en jettent à travers des panoramas à petite ou grande échelle, cela manque étrangement de vie. Mio et Zoé n’ont personne à qui parler à part elles-mêmes, ou les vilaines de leurs histoires qui ne l’ouvrent que pour introduire une session de combat de boss. Sinon, il est rare qu’un simple PNJ fasse son apparition, que l’on aperçoive quiconque pour animer et donner de la vie à ces décors. On a parfois l’impression de vivre des expériences… expérimentales. J’ose espérer que d’autres personnages que les héroïnes existent dans les histoires imaginées par Mio et Zoé…

Ainsi, même s’il est possible par exemple de glisser sur un toboggan pour atterrir dans une piscine, on n’y lit aucune animation spécialement travaillée pour ce moment. On pensait ce défaut gommé lorsque l’on s’est dirigé vers une balançoire, mais rien de spécial ne se créé, pas de réelle interaction, pas de personnage qui s’ouvre humainement à son acolyte. Et j’y ai ainsi éprouvé un grand vide, comme si je vivais une succession de démos techniques plus qu’un jeu abouti de A à Z que j’espérais tant.

Trop différentes pour s’entendre ?

Split Fiction joue énormément sur la différence de caractère entre les deux héroïnes. Mio se montre ainsi réticente à toute ouverture envers sa camarade et il est alors très difficile de s’attacher à l’héroïne fanatique de science-fiction. De mon côté, les premières heures se sont alors avérées difficiles, sans grand engouement quant au côté narratif du jeu. Après quelques heures de jeu, on réalise que Mio détient une des clés du scénario du jeu, car elle porte un lourd fardeau. A vrai dire, on s’en doute rapidement tant ce n’est pas raconté de façon subtile à travers les histoires qu’elle invente et qui sont mises en scène dans Split Fiction.

On découvre alors une Mio fermée qui n’a qu’une hâte, sortir d’ici. Ce qui est logique quand on réalise le piège dans lequel elles sont tombées. De son côté, Zoé se croit en colonie de vacances et se montre admirative et amusée de tout ce qu’elle découvre. On croirait presqu’elle veut profiter de l’instant présent, tant qu’elle y est. Le duo met ainsi du temps à créer des accroches. Et c’est en se livrant petit à petit que Mio va déboulonner une relation qui n’allait que dans un seul sens. C’est alors que leur relation devient un peu plus agréable à suivre, que l’on espère que le jeu décollera scénaristiquement, mais le virage narratif ne prendra jamais de l’ampleur malgré cette ouverture de Mio. C’est d’autant plus dommage de restreindre les joueurs à ces deux seuls héroïnes et de ne pas leur offrir de bouffée d’air frais avec des PNJ. Car les petites créatures que l’on va croiser et qui vont nous aider (ne spoilons pas leur identité) représenteront surtout des outils afin de varier des mécaniques de jeu, et non des sources de narration.

Split Fiction offre une expérience de jeu globalement satisfaisante, notamment grâce à sa réalisation artistique de haute volée, une technique maîtrisée de bout en bout, et cette faculté à nous surprendre tout au long de l’aventure. Nous ne suivons pas seulement deux héroïnes dans leurs imaginaires respectifs, nous redécouvrons les codes de la fantasy et de la science-fiction à travers tous leurs aspects et sous tous leurs angles, en plus de mécaniques de combat qui varient. Malheureusement, tout n’est pas parfait. Nous aurions aimé ne pas être enfermé dans les moeurs de nos héroïnes, mais aussi en sortir grâce à la présence de PNJ qui auraient donné encore plus de vie et de couleurs à leurs différentes histoires. De même, le jeu nous offre bien trop de simplicité et de redondance dans les séquences de plates-formes, et on aurait apprécié que l’exploration laisse parfois place à la surprise ou l’émerveillement, ce qui est trop rarement le cas dans Split Fiction. On restera néanmoins convaincu par les phases de combat qui offrent de la difficulté et de la tension, aussi par la multiplicité des plans et panoramas offerts, et quelques parkours nerveux sur la seconde partie du jeu. Un jeu qui vaut encore le détour et dont il serait dommage de se priver à deux.

Points forts

  • Un rythme soutenu
  • Les mécaniques de jeu qui varient...
  • Direction artistique au poil
  • Techniquement au point
  • On revisite bien des genres du JV

Points faibles

  • Un duo qui fonctionne difficilement
  • Un schéma de jeu tout de même répétitif
  • Des histoires qui manquent étrangement de vie
  • L'exploration de l'environnement pas (assez) récompensée
7

Good

Toujours dans la magique potion du jeu vidéo !

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