Nioh 3 est bordélique. Oui, il faut adresser ce point dès le départ de peur que vous lisiez le test en diagonal. Un bordel qui s’organise au fil du temps mais qui prend place dès lors que les informations sont nombreuses et parfois obscures, noyées, notamment, dans un tutoriel qui manque, conséquemment, de fluidité.
C’est un bordel !
Un tutoriel en forme de grand couloir qui va nous apprendre qui nous sommes, et nous donner la possibilité de personnifier notre avatar en définissant sa coupe de cheveux, son niveau de musculature et tout autre aspect physique que ne renierait pas un MMO moderne. Qui nous sommes ? Un ou une Shogun en devenir qui va se retrouver à devoir échapper à une invasion de Yokais en étant propulsé(e) à travers les époques du Japon médiéval.
Pour combattre, nous devrons alterner entre deux styles: ninja ou samouraï. Le premier permettra d’utiliser un arsenal habituel pour cette profession et de jouer sur le Ki (magie), la seconde sera orientée physique et armes. La différence sera aussi dans le style, le ninja étant beaucoup plus mobile et virevoltant que son alter ego. En plus de ces styles, que vous pourrez alterner à tout moment suivant la situation, vous aurez aussi la possibilité de débloquer, via un arbre de compétences, des postures pour le style samouraï. Un arbre de compétences pour chacun des styles mais aussi pour chacune des armes du jeu (une douzaine), libérant ainsi leur plein potentiel à travers des passifs ou des nouveaux coups. Et vous obligeant à vous spécialiser ou à apprendre par coeur moult combinaisons (mais genre moult quoi !).
Niveau équipement, le sentiment diablo-like du précédent opus sera toujours tenace tant l’équipement tombe avec grande aisance et que celui-ci dispose d’un éventail de statistiques imposant dans lequel, faire le tri, ne sera pas aisé.
A cela il faut ajouter les parades et esquives parfaites, les parades explosives, les invocations d’alliés et de fantômes ennemis issus de traces de joueurs morts au combat. Et je pourrais, ou même devrait, encore parler de la chasse aux Kodamas, aux Sunekosuris et autres gentils yokais, des démons de la lame écarlate mais aussi des préparations, des bénédictions, des esprits gardiens, de la gestion des noyaux d’âmes, des parchemins de combat et de vos super attaques, mais une critique de jeu vidéo n’étant pas un tutoriel, je vous laisserai découvrir tout cela par vous même. Un léger focus sur les invocations d’allier cependant, différente de la demande d’aide en multijoueur. Pour invoquer un allié, il faut une ressource obtenue en battant des fantômes agressifs. Ceux-ci, une fois vaincus, viennent alimenter un démon qui montera en puissance à mesure que vous battez ces ennemis. Attention à le trouver avant d’en abattre une trop grand nombre. Nos alliés dirigés par le jeu ont un avantage. Si vous utilisez un voyage rapide, l’allié vous suit. Ils utilisent aussi les deux styles mais ne seront qu’une aide très limitée, il n’ont pas une véritable capacité de tanking, ni même d’aggro, et côté dégâts, même sur des hauts niveaux, cela reste anecdotique.
Pour monter en niveau ou invoquer un joueur, il faudra débloquer les autels qui serviront aussi de points de voyage rapide. Mais la fonctionnalité d’aide en multijoueur ne sera disponible, sur PS5, qu’aux abonnés du PS+.
J’aime me battre
Les ennemis peuvent être de simples soldats qui tomberont en quelques coups, ou des yokais qui seront d’une adversité supérieure. On retrouve le folklore nippon avec plaisir, d’autant que la nature et la diversité des ennemis est très variée dès le départ. Certains sont impressionnants ou très inquiétants, mais graphiquement, Nioh 3 accuse un petit retard malgré de jolies cinématiques ou de mignons effets de lumières : ça clippe, et on a l’impression que les modèles datent du début de vie de la console. Une diversité qui se raréfiera au fil du jeu, comme si les devs avaient tout mis dès le départ. Restent les boss, qui, s’ils ne sont pas tous impressionnants, dégagent tous un charisme inquiétant : on sait qu’on va souffrir. Une souffrance bien aidée par des arènes parfois un peu petites pour gérer des ennemis aux allonges impressionnantes et aux patterns parfois obscurs. La mauvaise note est que la diversité n’est pas toujours au rendez-vous y compris pour l’environnement.
Pour en revenir aux ennemis, c’est là le second choc, une courbe de difficulté pas des plus faciles à gravir. D’un côté des ennemis qui ne voient pas à 2m30 m, y compris dans les camps à infiltrer. De l’autre des boss ultra punitifs (2 coups et vous vous retrouvez au sanctuaire le plus proche), leurs barres de Ki se rechargeant à la vitesse du son alors qu’il nous faut les taper une fois celle-ci vidée pour lancer une attaque punitive. Une barre de Ki qui est consommée pour chaque action (parade, esquive, attaques, sprint) et une barre de vie qui ne se décide pas à se vider. Et surtout le jeu ne propose pas de modes de difficultés.
Le boss de fin du tutoriel m’a pris du temps, je n’ai aucune honte à le dire. Il m’a fallu un peu farmer, refaire les tutoriels, invoquer des esprits et jouer hyper défensivement. Et globalement l’expérience de jeu a consisté à tout explorer, tout vider et recommencer pour trouver la bonne arme ou armure avec les bonnes stats et arriver avec quelques niveaux d’avance (le jeu vous donne une indication sur le niveau requis) pour tenter crânement ma chance. La chance sera donc un facteur à prendre en compte.
Et de l’entrainement, il va en falloir pour mémoriser tous les coups des deux styles et des armes, incluant ceux que vous allez débloquer. Enfin dernière petite précision agréable, les dégâts sont localisés, ce qui sera surtout utilisable au tir à l’arc (ou arquebuse) ou sur certains ennemis très ponctuels qui donneront la possibilité de verrouiller une jambe plutôt qu’une autre ou un bras.
Il s’agirait de grandir.
Et donc une fois ce boss de tuto abattu et le titre du jeu apparu en plein écran, le jeu met fin à sa dynamique claustrophobique. Il ouvre son espace, nous donne des objectifs secondaires, un décor à fouiller avec, comme sous-entendu précédemment, des camps à reprendre, des créatures cachées à trouver, des coffres à ouvrir, des purgatoires mineurs à refermer et tout un tas de choses à collectionner, débloquer.
Les purgatoires sont des zones un peu spéciales. Les mineurs sont présents dans la région et vont consister à invoquer des ennemis par vagues pour les refermer et gagner des récompenses. Les majeurs constituent la trame principale de l’histoire. Dans ces purgatoires, les ennemis attaquent votre barre de vie en rognant sur vos PV maximum. Il faudra alors trouver des pilules spéciales ou se restaurer à une statue de bouddha (les sanctuaires des purgatoires). On se demandera d’ailleurs pourquoi avoir traduit en purgatoire ces failles (crucible en anglais), le mot étant d’origine latine et particulièrement lié au catholicisme. Bref, revenons-en au jeu, les purgatoires majeurs (nommons-les ainsi) nous font retomber dans le travers du syndrome du couloir. Et comme pour changer de région, il faut les terminer, l’aspect open-world sera en fait limité à quelques heures de jeu, de farming.
Elden Ring (puisque le jeu s’inspire de son très illustre prédécesseur) permettait, d’aller à peu près où vous vouliez, à peu près quand vous vouliez. Vous ne tombiez pas tel boss, ok allez en faire un autre, faites ce morceau de donjon, allez en faire un autre. Ici la nature nous donne des objectifs mais il faut aller se taper le boss prévu pour avancer. Et si celui-ci est injuste, compliqué, nébuleux pour vous, pas de bol, il faudra insister encore et encore.
Nioh 3 m’aura donné, tout le long de son aventure, le sentiment de jouer à un Ghost of Yotei DarkSoulisé. Nerveux, virevoltant, il n’a cependant pas réussi à se défaire de ses défauts inhérents à l’équipement ou à sa générosité en matière de personnalisation (pouvoirs, compétences, bénédictions, préparations,…). Les consommables, les items en général sont trop nombreux si vous n’avez pas une idée arrêtée assez rapidement. Techniquement un peu en peine et avec un open world de façade, les amateurs du 2 aimeront le 3.
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