TEST – The Last of Us 2: une nouvelle masterclass de Naughty Dog

Voilà quelques jours que nous avons mis les mains sur The Last of Us 2, le projet tant attendu de Naughty Dog. Comme nous l’attendions, cette aventure ne déçoit pas et s’est avérée mémorable. Revenons sur notre expérience de jeu avec le souci de n’y intégrer aucune zone de spoilers de grande envergure.

Développeur : Naughty Dog
Éditeur : Sony
Genre : Aventure
Prix : 69,99 €
Version pour le test : PlayStation 4 en exclusivité
Date de sortie : 19 juin 2020

The Last of Us 2 a donc la lourde tâche de succéder à un premier épisode qui a marqué toute une génération de joueurs. S’il se montrait imparfait dans certaines de ses mécaniques, le grand périple entamé par Ellie et Joël s’est avéré captivant de bout en bout, de par sa direction artistique, son ambiance, ses lucioles et ses rôdeurs, son scénario et cette relation qui naît entre les deux héros, ce cliffhanger de fin et ce sentiment d’œuvre inachevée qui laissait au joueur l’envie de découvrir la suite. Il a donc fallu attendre sept longues années afin d’être servi dans une période étrange pour Naughty Dog. Des polémiques autour du crunch, un scénario qui s’échappait bien trop tôt puis une pandémie internationale couronnait un chemin parsemé d’embûches en 2020. Mais rassurez-vous, il est né le divin enfant et nous l’avons vu de nos propres yeux. Voici notre test de The Last of Us 2 par TheToby_One.

On n’oublie pas les galères, on vit avec

The Last of Us 2 reprend rapidement là où s’était arrêté le premier opus et exécute un saut dans le temps de cinq ans. On entend la voix de Joël qui résume le voyage et son dénouement, ce qu’il a dit à Ellie. Ce qui est très pratique si vous ne vous êtes pas replongé dans le premier épisode récemment. Très vite on s’aperçoit alors du malaise entre les héros de TLOU avec d’un côté, le vieux gaillard qui s’enfonce dans ses mensonges et ses non-dits, de l’autre la jeune femme qui a cette impression que quelque chose lui échappe, que son compère ne lui dit pas tout. Pourtant elle a soif de tout savoir car elle n’est plus une gamine qu’il faut protéger, elle a vécu énormément de choses. The Last of Us 2 s’attardera ainsi à décrire les relations entre les personnages (et pas seulement entre Ellie et Joël) par des scènes, des discussions où il reste difficile de communiquer ce que l’on ressent. Un aspect réaliste qui demeure intriguant.

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Si quelque chose a changé durant toutes ces années, c’est désormais le quotidien des héros. Ils vivent dans un endroit « sûr » dans le comté de Jackson, une ville qui compte une population conséquente où se construit l’avenir dans laquelle on tente de vivre normalement. Néanmoins la réalité nous rattrape vite. Sécuriser les environs est primordial et des escouades se forment régulièrement pour inspecter et se débarrasser des rôdeurs. Diverses trajectoires seront narrées, les destins se croiseront mais c’est bien Ellie l’héroïne de ce second volet. Et c’est en pleine excursion que les événements vont s’enchaîner et que l’aventure de l’immunisée va basculer et se diriger vers Seattle !

C’est le son qui met la pression

Dans The Last of Us 2, on ne compte pas les ennemis et surtout on éprouve bien du mal à les identifier. Si nous disposons encore des mécaniques de bases avec le tir aux gâchettes (après visée), le combat au corps-à-corps avec le bouton Carré, Triangle pour l’élimination furtive et surtout L1 pour écouter et voir apparaître le danger d’une ombre blanche, on ne sait pas vraiment qui on combat et ce qu’ils représentent, du moins au début. On tombe nez à nez avec des groupuscules ou des milices, on se demande sans cesse à quel groupe ils appartiennent. Ils se combattent entre eux mais jamais l’ennemi de mon ennemi est mon ami. Dans le titre de Naughty Dog, on s’entretue tous dans un Battle Royale qui va durer une vingtaine d’heure sur un terrain immense. Donc on peut tomber sur deux groupes majeurs possibles, des déserteurs qui voudront tout de même nous faire la peau, sans oublier les rôdeurs. Et quand les menaces se côtoient, vous ne pourrez compter que sur votre sens de l’observation et du déplacement, que sur des objets pour faire diversion…

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De ce côté, le studio a un talent fou pour nous faire stresser. Plus que les jumpscare inopinés, le jeu sait faire monter la pression au maximum avec un son angoissant qui indique que le danger n’est pas très loin, une accentuation sonore pour nous informer qu’il est tout proche et l’atmosphère devient tout de suite plus tendue. Dans ses séquences d’affrontement, le travail fait sur le sound design demeure impressionnant. Nous avions l’habitude des ennemis idiots qui passent leur temps à gueuler, nous indiquant leur position en parlant ou en criant, en nous voyant difficilement ou en se jetant directement dans la gueule du loup (notre surin). Cette fois-ci, nous avons encore certains adversaires idiots qui gardent ces habitudes mais pas seulement [SPOILER ALERT FIN DE PARAGRAPHE] ils suivent nos traces avec des chiens de chasse à maîtriser autant que leurs maîtres. Il nous arrivera même de combattre des escouades communiquant par sifflet, indiquant des directions ou autre. Ces ennemis s’avèrent difficiles à repérer (que ce soit par le bruit ou par la vision d’assistance en maintenant L1). [FIN DU SPOILER]

Les séquences de gunfight s’avèrent tendues comme jamais. Les adversaires étant en surnombre, on se lancera souvent dans parties de cache-cache, de course-poursuite et il sera conseillé de rester mobile, de changer de position régulièrement car on peut vite subir les vagues d’ennemis. Naughty Dog nous offre d’ailleurs des terrains immenses afin de gérer au mieux les affrontements et d’utiliser toutes les barricades et couvertures possibles.

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Take only memories, leave nothing but footprints.

Naughty Dog a prévenu pour The Last of Us 2, il se pourrait que l’on loupe une bonne partie de ce qui est explorable lors de notre premier run. Pour cause, les environnements gagnent réellement en profondeur. Les propriétés sont ouvertes, maisons ou magasins sont tous dans un sale état mais (pratiquement) tous explorables par le joueur. Source de ressources (le craft reste important pour améliorer armes et compétences), de collectibles, d’endroits où se cacher, de lieux où sont enfermés les rôdeurs, où sont camouflés des déserteurs ou autres dangers, le monde créé par Neil Druckmann et son équipe se montre riche à bien des étages. Alors on se plaît à l’explorer, à tout fouiller et tout récolter dans le but d’améliorer notre stuff.

Ce travail sur les environnements impacte directement les séquences de gunfight et d’exploration. Nous nous retrouvons à un moment au cœur d’un pâté de maisons où l’on affrontera une bonne unité d’ennemis sans cesse à votre recherche. Toutes les maisons étant explorables, ce sont autant d’endroits qui peuvent servir pour tuer les ennemis en toute discrétion mais aussi des lieux où la précipitation ou la maladresse peuvent vous condamner. Et ce ne sera pas la seule situation où l’on vous lâche au sein d’un théâtre d’affrontements d’une grande profondeur. Rien de plus passionnant de découvrir un lieu et de devoir éliminer tous les ennemis un à un, au compte-gouttes, pour éviter qu’ils viennent en masse au même moment, ce qui signe généralement notre arrêt de mort. Certes l’I.A reste perfectible et les ennemis faciles à tromper, mais la réalisation est assez convaincante pour passer outre. Les décors gagnent en verticalité, les affrontements se déroulant sur plusieurs étages et en variété.

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On sait à quel point Naughty Dog apprécie les séquences d’exploration (cc Uncharted 4: A Thief’s End), on y revient lors de The Last of Us 2 avec une ambiance plus sombre. L’aventure est certes dirigiste mais elle se montre moins linéaire. L’environnement regorge de lieux à fouiller et parfois de simples coins de rue où il n’y a rien en particulier. Le comté de Jackson et la ville de Seattle en deviennent plus crédibles, plus immersifs et simplement captivants à explorer.

La traversée de la ville s’avère intelligemment rythmée. On ne sait jamais ce que nous réserve la prochaine rue à parcourir, si l’on va simplement explorer le coin pour des ressources, pour du lore (distillé entre dialogues, narration et notes à lire), pour de la survie, pour de l’infiltration ou pour une grosse séquence d’affrontement. Si on se doute que certaines zones sombres et souterraines cachent probablement des rôdeurs, que la destination finale d’une expédition nous réserve des échauffourées avec une faction, le chemin avant d’y arriver demeure long et parsemé d’embûches. Il y a du mouvement dans l’ombre, tous ont les dents longues et vivent dans un monde apocalyptique diablement réalisé par le studio.

Il est fou ce monde

Naughty Dog dépeint un monde apocalyptique crédible de bout en bout. Il n’est pas question forcément d’enchaîner les panoramas pour faire parler leur savoir-faire d’ores et déjà longuement mis en avant pour les Uncharted. Certes, on retrouvera bien de vastes plans d’horizons mais ils mettent surtout en avant le chaos ambulant dans lequel les protagonistes (sur)vivent. The Last of Us 2 offre une réelle immersion dans chaque secteur de la ville et le résultat est simplement bluffant. La force du jeu ne réside pas dans des panoramas mais dans la découverte de chaque parcelle, de chaque plan du quartier riche en détails. On a cette impression que rien n’a été laissé au hasard, que chaque élément du décor a son utilité ou son histoire nous racontant une part du passé de la ville.

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L’histoire de The Last of Us 2 ne se concentre pas uniquement sur Ellie. On nous raconte plus que cela. Le quotidien n’est pas dangereux et précaire seulement pour la communauté dans laquelle vit Ellie, elle l’est pour tous les acteurs qui s’entre-tuent à Seattle pour leur propre survie. Nous plongeons au cœur d’une lutte sans merci permanente. Elle fait des dégâts pour tous les acteurs de cette guerre, elle a donc des conséquences sur chacun. C’est accentué avec les lettres laissées dans tous les coins de la ville.

Dans cette optique de narrer les conditions de vie précaires de chaque communauté, le studio s’offre une modélisation des personnages irréprochables. On nous rappelle régulièrement qu’ils restent tous des êtres humains et que chaque moment de repos ou de contemplation est à savourer car ces instants seront rares et seront suivis de temps plus sombres. Vivre en temps de guerre, c’est difficile car les soucis du quotidien restent mineurs à côté de l’instinct de survie que l’on doit acquérir pour protéger les siens. Malgré tout, Naughty Dog s’attarde sur ces moments plus humains. Et c’est aussi là que la modélisation des personnages est incroyable. On parvient à lire tous les sentiments qui traversent le personnage affiché à l’écran, de la gêne au bonheur, de l’amour à la haine en passant par la pression et la rage. Encore une fois, cela favorise l’immersion et la narration d’une histoire écrite avec une grande qualité et toute aussi bien mise en scène.

Une nouvelle fois, rien n’est noir ni blanc, tout est dans le gris, tous gardent un côté sombre dès que l’instinct de survie est déclenché, un côté humain quand la tension baisse. Mieux encore, chaque action découle d’un raisonnement, d’une cause et engendre une conséquence… C’est un cercle infernal et l’on voit mal comment une issue au conflit pourrait découler puisque tous les événements sont liés.

The Last of Us 2 montre encore tout le savoir-faire de Naughty Dog qui réussit une seconde fois à tirer le meilleur de son œuvre. Encore plus immersif que son aîné, il parvient à nous surprendre à de nombreuses reprises et ne tombe jamais dans la facilité scénaristique. Au contraire, il parvient à nous captiver autant par ses séquences de combat que par ses phases d’infiltration. Même les phases d’exploration parviennent à rythmer intelligemment nos escapades avant de repartir pour des moments plus tendus et dont l’issue reste toujours incertaine. Le studio brille pour nous plonger dans un chaos ambiant dans lequel on découvre le quotidien délicat de chaque communauté pourtant composée d’êtres humains. La façon dont Naughty Dog dépeint la situation est simplement bluffante de réalisme et d’émotions. The Last of Us 2 reste compliqué à définir mais nous sommes face à une œuvre humaine avant tout, un titre ô combien immersif et captivant à découvrir de bout en bout. Artistiquement soigné et maîtrisé à la perfection, une histoire profonde et plus complexe qu’elle ne le paraît, débordante d’émotions, et une ambiance pour des séquences de gunfight qui collent des sueurs au joueur. Simplement mémorable.

Points forts

  • Une ambiance exceptionnelle
  • Une direction artistique incroyable
  • Une narration bien inspirée
  • Des séquences de gunfight sous pression
  • De l'exploration au service du joueur
  • Des personnages modélisés avec une justesse bluffante
  • Seattle, une fresque apocalyptique entre espoir et chaos

Points faibles

  • L'IA améliorée mais encore imparfaite
  • On aurait apprécié des ennemis plus variés mais on chipote
9.5

Amazing

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