Naughty Dog dans la tourmente avant la sortie de The Last of Us 2

Naughty Dog THe Last of Us 2

Le studio Naughty Dog, à qui l’on doit les excellents Uncharted et The Last of Us, se trouve au cœur d’une polémique qui touche toute l’industrie du jeu vidéo.

L’industrie du jeu vidéo est en alarme depuis plusieurs mois voire plusieurs années. Le signal provient des équipes de développement qui déplorent tour à tour leurs conditions de travail lamentables. La création d’un jeu vidéo a un coût, pas seulement financier. Auparavant on évoquait seulement celui du point de vue de l’éditeur, de son budget et du coût de production d’une façon plutôt froide. Désormais, c’est la face cachée qui sort de son ombre. L’industrie est encore jeune et les principaux acteurs ont mis longtemps à exprimer leur mal-être, à critiquer amplement cette fameuse période de « crunch ».

Il est de moins en moins supportable de taire cette période de travail intensif, les quelques semaines voire les mois qui précèdent la sortie d’un jeu vidéo. Trop de pression, de journées de labeur étendues. Cette semaine, c’est Naughty Dog qui en fait les frais. De nombreux membres du studio (et anciens membres) ont pris la parole et dénoncent des conditions de travail désastreuses avec une culture du crunch bien en place.

La première ogive a été lancée par Kotaku via son rédacteur en chef, Jason Schreir. Le titre est bien choisi, il se place au centre de la question, les développeurs. Ils se demandent combien de temps cette culture du crunch va perdurer.

Today, as many of the developers at Naughty Dog put in nights and weekends at the office to finish the game, some continue to ask themselves a question that has haunted the studio for years: Is it worth it?

Pour les non-anglophones, résumons. The Last of Us 2 est prévu pour le 29 mai 2020 et l’équipe passe ses nuits et ses week-end au bureau à travailler sur le jeu. Au sein de Naughty Dog, les créateurs ne cessent de se demander si le jeu en vaut la chandelle. L’usure a pris le dessus, l’épuisement physique et moral se fait sentir. L’équipe est habituée mais elle supporte de moins en moins de travailler comme des bêtes sur le prochain titre plus qu’attendu du studio. L’excellence a un coût et c’est la santé des développeurs, leurs vies personnelles qui sont mises de côté.

Ce sont tout de même treize employés qui sont venus se confier anonymement dans les colonnes de Kotaku, tous précisant qu’on ne leur demande pas de travailler 12 heures par jour. Ils n’ont pas besoin de demander puisque c’est imprégné en eux et dans leur entreprise, c’est dans la logique des choses. En partant plus tôt, vous pouvez enrayer la machine si jamais le staff avait besoin de vous à 23h… et on vous le fera remarquer le lendemain. L’article de Kotaku est terrible et pourtant il répète une vérité que l’on entend de plus en plus dans la presse. L’industrie du jeu vidéo doit sortir de la culture du crunch pour le bien de ses employés, aussi perfectionnistes soient-ils, au profit d’un bon environnement de travail et d’un équilibre personnel pour le staff qui y joue sa santé.

D’autres voix se sont élevées depuis l’article de Schreir. Jonathan Cooper, expert en animation et ancien employé chez Naughty Dog, s’est exprimé sur Twitter. Il témoigne des dangers du crunch qui a envoyé un ami à l’hôpital. Il précise aussi que le temps de développement a pris plus de temps que prévu notamment à cause de l’inexpérience de certains membres du staff, qu’ils ne dénigrent pas non plus puisqu’ils les qualifient d’exceptionnels. Simplement, le manque d’expérience s’est fait ressentir à des moments clés. Forcément, cela joue aussi sur les conditions de travail. Il conclut tout de même en ne conseillant à personne d’aller bosser chez Naughty Dog en attendant qu’ils changent la donne.

Gavin Young, employé chez Ubisoft, s’est aussi permis de critiquer, en quelques tweets, cette culture du crunch qu’il ne connaît personnellement pas. Pour lui, son expérience prouve qu’il n’est pas nécessairement indispensable de travailler au-delà du raisonnable pour réaliser un AAA.

Enfin, on peut se dire qu’il y a une réelle prise de conscience dans l’industrie du jeu vidéo. Les voix se font de plus en plus nombreuses et les critiques plus vives. On a besoin d’un encadrement plus humain, d’un environnement de travail plus sain et d’arrêter au plus vite cette culture du crunch. Les grands studios commencent à discuter avec leurs employés en cette direction. On se souvient notamment des propos de CD Projekt RED qui se voulaient plus conciliants même s’ils n’excluaient pas cette période de crunch considérée comme indispensable à certains moments.

Retenons le discours de Laurent Victorino lors de la cérémonie des Pégases 2020 qui était fier d’affirmer que chez Raw Fury (Night Call), on plaçait le bien être de ses employés avant tout. Encore une lueur d’espoir distillée sur un champ de mines.

La question reste en suspens car elle demande des mesures drastiques et radicales pour protéger les employés du jeu vidéo. Mais ne soyons pas naïfs, cela ne se fera pas en un jour. Il faudra encore du temps, des prises de conscience et des prises de parole de la part des plus grands acteurs et dirigeants de l’industrie pour que les choses aillent dans le bon sens, à commencer par Naughty Dog.

 

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