TEST – Wolfstride : rédemption, nakamas et gros mechas

Né d’un collectif de développeurs indépendants brésilien, Wolfstride propose une aventure essentiellement narrative, agrémentée de combats de méchas au tour par tour et d’éléments de gestion. Pas un RPG à proprement parler, donc, contrairement à ce qu’on peut lire ça et là, mais une expérience qui n’en est pas moins intéressante pour les fans du genre. Une expérience diablement dépaysante, même, pour qui souhaiterait changer d’air et se lancer dans une aventure qui n’hésite pas à casser certains codes afin de proposer un format atypique et captivant.

• Genre : jeu narratif avec éléments de gestion et combats de mécha en tour par tour
• Développeurs / éditeur : OTA IMON Studios / Raw Fury
• Disponible (et testé) sur : Nintendo Switch
• Version du jeu utilisée : version day-one
• Angle du test : point de vue d’un débutant sur la licence

Spike, Kamina et Nicholas ont un fils…

Shade. Dominic Shade. Sous ce nom d’une classe absolue se cache le traditionnel petit malin au culot imbattable qui trempe dans les pires coups et se retrouve tous les quatre matins dans des embrouilles héritées de la veille. Costume noir, chemise blanche à col exagérément large et dégaine de Yakuza qui en fait des caisses, Shade donne une première impression de déjà-vu. Et pourtant, celui qui vous accompagnera tout au long de l’aventure dans le rôle du protagoniste cache bien son jeu… Car l’ami Shade, en effet, n’est pas qu’un simple loubard un peu roublard, c’est un personnage d’une grande sensibilité qu’il nous est donné de découvrir tout au long de l’aventure.

Une aventure qui démarre sur les chapeaux de roue avec un combat de méchas et des problèmes, suivis évidemment d’autres problèmes. Dès les premières phases de jeu, on est happés par l’ambiance de Wolfstride, qui nous plonge dans un futur proche alternatif où le monde semble au bord d’une crise d’ampleur et où le spectacle de masse le plus en vogue consiste en l’affrontement de deux colosses de métal contrôlés par des pilotes. Quant à votre petit groupe de marginaux, par le biais d’une mystérieuse connaissance commune, celui-ci a récemment hérité de l’une de ces machines redoutables : le P-Wan Gallow 07, baptisé « Cowboy ». Une machine à fort potentiel, mais qui souffre d’un défaut : vous-même, qui êtes fauchés comme les blés, ce qui rend les réparations et l’entretien compliqués…

Assez rapidement, on s’attache à ce petit groupe qui gravite autour de Shade. Qu’il s’agisse du mécano surendetté par le jeu et qui souhaite protéger sa mère, du pilote insouciant un peu paumé dont l’innocence brille comme un phare dans la nuit, en passant par une IA de coaching récupérée dans une poubelle, ou encore la vieille ferrailleuse d’à côté qui semble s’y connaître en mécanique et cacher un lourd secret, les personnages de Wolfstride sont hauts en couleurs et plein d’émotions qui se dévoilent petit à petit. On se passionne rapidement pour leurs interactions finement écrites et rendues vivantes par un doublage au top. A ce sujet, il est d’ailleurs important de noter que la quasi-totalité des lignes de dialogue est doublée, un fait rare pour une production indé de ce genre. Une quantité qui n’empiète pas sur la qualité, à l’image de la performance remarquable de Vincent Lai, qui endosse le rôle de Dominic Shade comme si le personnage avait été taillé pour lui.

L’intrigue principale, quant à elle, réussit à nous captiver avec un univers d’apparence terre-à-terre mais qui recèle quelques éléments fantastiques et autres complots en coulisses suffisamment bien distillés afin de taquiner notre attention au fur et à mesure de l’avancée de l’histoire. Si on regrette juste quelques maladresses narratives à quelques endroits, l’aventure dans sa globalité est un véritable plaisir à vivre notamment grâce à son récit à échelle humaine.

Mon mécha à moi, il me parle d’aventure

Difficile de trouver une étiquette avec un nom simple pour résumer les mécaniques de gameplay de Wolfstride. Concrètement, une bonne partie de l’aventure consiste à parcourir la ville de Rain City afin de trouver les financements et occasions nécessaires à la réussite de votre groupe au sein du plus grand tournoi de méchas des Etats-Unis d’Amérique du Nord. Pour ce faire, il vous faudra principalement explorer, rencontrer des personnages-clés et effectuer des petits jobs sous forme de quêtes secondaires et de mini-jeux qui vous permettront de gagner l’argent et les accessoires nécessaires à l’entretien et à l’amélioration du Cowboy.

La progression de Wolfstride étant découpée en journées à l’instar d’un Persona (sans les limitations en nombre d’actions), ces phases d’exploration de la ville peuvent paraître assez redondantes par moment, surtout durant les journées sans quêtes, où en est tentés de reparcourir chaque endroit à la recherche d’une nouveauté cachée. Malgré tout, le jeu parvient à proposer des expériences différentes à travers ses mini-jeux déjantés et très fun (mis à part les courses en vélo, un peu en deçà du reste), et que des accessoires à débloquer permettent de rendre plus aisés et généreux au fil de la progression. Des expériences de jeu qui incluent bien évidemment les combats de méchas, disponibles à travers l’histoire principale mais également en secondaire par le biais de missions annexes sous forme de simulations compétitives ou de combats clandestins. Au fur et à mesure, que ce soit par les mini-jeux, les quêtes ou l’achat en magasin, il est possible de remplacer les pièces de son mécha afin d’en améliorer les statistiques et les compétences. Même topo pour le pilote, qui peut apprendre diverses techniques d’attaque ou de soutien et même débloquer des emplacements supplémentaires pour celles-ci. On se retrouve ainsi avec une stratégie à mettre en place consistant principalement à créer une synergie entre les statistiques des pièces du mécha et les compétences du pilote.

Hélas, cet aspect gestion et combat de mécha souffre de quelques problèmes de déséquilibrage. Si on apprécie la difficulté progressive des combats de simulation et des affrontements clandestins, ceux de l’intrigue principale sont désespérément trop faciles si on fait l’effort d’équiper son mécha correctement avec les pièces disponibles à l’achat. L’argent, présenté comme un problème critique en début de partie, est relativement facile à gagner passé le premier quart de la progression, et acheter les meilleurs équipements n’est rapidement plus un problème. On se retrouve ainsi à pouvoir acheter le meilleur matériel dès le renouvellement du stock, ce qui rend la progression un peu trop hachée, voire frustrante en attente du prochain stock qui se débloque au fil de l’histoire principale. Cela participe également à rendre le rythme de jeu un peu saccadé par moments, avec tantôt des journées bien remplies, et tantôt d’autres qui s’enchaînent sans qu’il ne se passe grand-chose.

Mais malgré ses quelques petits défauts inhérents à une production indépendante et débutante, Wolfstride demeure une petite perle ne serait-ce que pour la qualité globale de sa narration, de ses personnages, et de sa bande-son enivrante et parfaitement calibrée pour l’univers du jeu. Les mini-jeux sont funs, on passe du bon temps devant des scènes tantôt dramatiques, tantôt comiques, avec des transitions parfaitement calibrées pour permettre un ensemble narratif cohérent.

Enfin, précisons toutefois que la totalité du contenu Wolfstride est bel et bien en noir et blanc comme sur nos captures d’écran, un choix qui ne parlera pas à tout le monde, et sur lequel nous sommes encore un peu dubitatifs quant à sa pertinence. Mais étonnamment, c’est un détail qui s’oublie très rapidement en cours de jeu, ce choix clairement artistique pouvant finalement être vu comme cohérent avec l’ambiance du jeu qui tire certaines de ses inspirations du manga et, dans une moindre mesure, du roman noir.

Disons-le tout de suite : Wolfstride est l’un de nos coups de cœur de 2021. Il fait partie de ces petites productions dotées d’une âme et duquel déborde toute la passion des développeurs qui se cachent derrière. Cela se constate dans des combats de méchas plaisants, une histoire passionnante et des personnages attachants. Et le mélange des genres, s’il déboussole un peu au début et apporte son lot de maladresses, prend vite au corps, et on se retrouve avec un jeu qui impose son style. Un style groovy, rebelle, qui se contrefiche des standards et fait ce qu’il veut. A l’image de ses protagonistes.

 

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Évaluation de l'article

Points forts

  • L'histoire captivante
  • Les personnages attachants et très bien écrits
  • La bande-son, et plus spécifiquement certains morceaux qui déchirent
  • Les doublages, autant leur quantité que leur qualité
  • Les combats de méchas !
  • Des minijeux très funs pour la plupart

Points faibles

  • Le parti pris visuel en noir et blanc ne plaira pas à tout le monde
  • Un petit souci d'équilibrage dans la progression
  • Un rythme de jeu parfois inégal, avec quelques longueurs et redondances
8

Great

Co-fondateur de Try aGame, pinailleur en chef, amateur de belles histoires et fier papa de cette espiègle petite manette qui squatte chaque page du site.
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