TEST – Ys VIII: Lacrimosa of Dana, la tribu de l’île

Je vous emmène à la découverte du dernier venu d'une licence trentenaire avec le test de Ys VIII: Lacrimosa of Dana. Tout jeu de mot pourri en lien avec une chanson des années 90 ne serait pas entièrement fortuit.

Ys VIII: Lacrimosa of Dana

(testé à partir d’une version PS4 fournie par l’éditeur)

Vous ne le savez peut-être pas mais la série des Ys a 30 ans, le premier opus datant en effet de 1987. Si je dis « vous ne le savez peut-être pas », c’est qu’il faut bien l’admettre, cette saga ne jouit pas chez nous d’une véritable renommée auprès du grand public contrairement aux Final Fantasy ou aux Dragon Quest pour ne citer qu’eux. C’est donc à pas légers qu’a débarqué Ys VIII : Lacrimosa of Dana sur PS4 et PC en ce mois de septembre 2017, sous la houlette de son studio de développement de toujours : Nihon Falcom. Nous allons vite voir que le développeur nippon a mis de nombreux atouts de son côté pour faire enfin un nom à sa saga sous nos latitudes. Je vous propose de me suivre dans ce test pour découvrir ce que le jeu a dans le ventre et voir si les efforts consentis sont suffisants.

Lost, les disparus

L’histoire de Ys VIII: Lacrimosa of Dana s’articule autour du jeune Adol, petit rouquin, aventurier de profession et qui est, par ailleurs, le héros attitré de la licence. Pour vivre sa prochaine aventure, il a embarqué à bord du Lombardie, un bateau de croisière commandé par le capitaine Barbaros. Alors que le voyage se déroulait paisiblement, voilà que le navire est attaqué par une sorte de méduse géante qui finit, malgré un combat héroïque d’Adol, par faire chavirer l’embarcation et projeter passagers et équipage par dessus bord. Adol se réveille plus tard, seul, échoué sur une plage. Il part alors en exploration et va petit à petit retrouver quelques autres de ses compagnons d’infortune et apprendre qu’il se trouve sur la mystérieuse île de Seiren. Une île qui, selon les légendes de marins, a la mauvaise réputation de faire chavirer tous les navires qui s’en approche et qui surtout ne renvoie jamais les malheureux qui y disparaissent. Si la première partie de la légende s’est réalisée, Adol et les siens ont bien l’intention de faire mentir la deuxième et retourner chez eux. Ils établissent alors un petit camp sur la plage qui leur servira de base pour leurs opérations. Il va falloir explorer l’île qui va vite se révéler pleine de mystères.

Voilà posées les bases scénaristiques du jeu et à partir de là va se nouer une intrigue assez intéressante, complexe (dans le bon sens du terme) et fort agréable à suivre. Malgré tout, l’histoire n’est pas exempt de défauts. On pourra lui reprocher notamment de mettre un peu de temps à se mettre en place et d’avoir rendu son personnage principal creux. Dommage car le reste du casting est lui plutôt sympathique même si l’on retrouve les clichés habituels avec pêle-mêle : la petite pimbêche au bon fond, la gamine extravertie à l’excès, la masse de muscles au grand cœur, le gars trop dark jouant le détaché mais qui est tout aussi impliqué que les autres… Reste donc l’épineux cas d’Adol, le héros quasi-muet de ce Ys VIII. Ses quelques rares lignes de dialogues, c’est nous autres, joueurs, qui les choisissons sans que pour autant cela n’influe d’une manière ou d’une autre sur la suite des événements. A partir de là, difficile de s’attacher réellement à ce qui se révèle être un héros sans saveur et qui semble participer de loin à ce que le reste de la bande, attachante elle, vit à ses cotés. Hé oui, c’est tout de même autour d’Adol que le récit gravite.

Par contre, il est à noter que les textes du jeu sont traduits en français. Pourquoi est-ce que je mentionne ce détail qui devrait être une évidence ? Parce que malheureusement ce n’est pas une évidence et que beaucoup de jeux sortent chez nous en anglais (cf. mes tests de Cladun Returns et Yakuza Kiwami). Nihon Falcom a d’ailleurs sorti plusieurs jeux dans cet état et le fait que celui-ci soit traduit dénote un effort qui mérite d’être souligné. Je peste assez souvent contre ces pratiques de non-localisation pour savoir reconnaître les preuves de bonne volonté… sans pour autant oublier mon côté critique puisque la traduction souffre quand même de quelques erreurs et approximations. Dans l’ensemble, cela reste tout de même correct !

Ils ont décidé de mener le combat dans la vallée

L’aspect scénaristique évoqué, venons-en maintenant au gameplay. Ys VIII est ce qu’on appelle vulgairement un A-RPG, les combats sont donc en temps réel et vous tabassez tout bêtement les monstres qui se trouvent sur la map (et accessoirement sur votre chemin). Le système de combat se veut à la fois simple et efficace. On choisit trois personnages pour mener la bataille mais on n’en contrôle qu’un seul, les deux autres n’étant là que pour vous accompagner de manière plutôt molle. C’est bel et bien le personnage actif qui infligera le gros des dégâts mais rassurez-vous, on peut switcher entre les héros par la simple pression d’une touche et c’est tant mieux car il faudra régulièrement changer de meneur. La raison à cela réside dans l’une des particularité du gameplay qui fait que chaque personnage a une affinité avec l’un des trois types de dégâts du jeu (tranchant, perforant ou contondant). Les ennemis seront plus sensibles à un certain type de dégâts et plus résistants à un autre, vous l’avez compris c’est un peu le principe du pierre, feuille, ciseau. Les combats se révèlent alors légèrement stratégiques et si l’ont ajoute à ça les bonus qui se déclenchent lors des esquives et des contres parfaits, il faudra une bonne dose de maîtrise pour sortir indemne de vos rencontres avec les créatures hostiles de l’île. (vidéo de gameplay ci-dessous)

Les personnages, en plus de leur attaque « de base », ont alors à leur disposition plusieurs techniques qui leurs seront propres. Pour les utiliser, elle vous coûteront des points d’action que vous cumulerez en tapant les monstres. Les animations de ces attaques apportent leur lot d’effets pyrotechniques et autres animations en tous genres et permettront de donner un côté très punchy, très vif aux combats. Si presque tout est plaisant dans le système de combat, un vrai bémol est tout de même présent : le mode de verrouillage des cibles. Il aura souvent tendance à partir à l’aventure n’importe comment lorsque plusieurs ennemis sont proches, entraînant de fait la caméra qui valdinguera dans tous les sens.

La braderie de l’île

Évidemment tous ces combats ne se mèneront pas pour le plaisir. Adol et ses compagnons d’armes luttent pour échapper à cette île sur laquelle ils ont le statut de naufragés. La petite tribu nouvellement constituée va ainsi mettre à contribution les talents de chacun de ses membres. Ainsi, celui-là forgera armes et armures, celle-là confectionnera des accessoires ou lui encore préparera des médicaments pour panser nos blessures au combat. L’île étant déserte, les matières premières ne viendront pas à nous par carriole alors c’est nous qui irons les chercher. Il faudra donc collecter des ressources pour permettre aux différents artisans de nous confectionner un meilleur équipement. Au fur et à mesure que l’on récupère des naufragés, de nouvelles possibilités nous sont ainsi offertes. Notamment l’accès à de nouvelles zones inaccessibles auparavant car obstruées par des obstacles que les paires de bras n’étaient pas assez nombreuses pour dégager jusque là. Il est très plaisant de constater que la communauté est toujours en constante évolution au cours de l’aventure.

Ys VIIID’ailleurs il faudra bien prendre soin de la communauté et les occasions de ce faire ne manqueront pas. D’une part, nous avons le droit aux fameuses quêtes annexes qui nous demanderont la plupart du temps d’aller chercher tel ou tel item à l’autre bout de la map pour les besoins d’un membre de la tribu. Heureusement ces quêtes s’imbriquent bien avec le reste et ne seront pas trop monotones, sort souvent réservé aux quêtes annexes dans les RPG. A côté de ça, il faudra également assurer la sécurité du camp, attaqué par des bêtes. Interviennent alors les missions de contre-attaque qui consistent en une succession de vagues de monstres qui déferleront pour tenter de détruire vos défenses. Il faudra alors les bouter hors de votre territoire. De mission en mission, le niveau des monstres grimpera (logique) et il faudra renforcer vos défenses grâce… aux ressources que vous collecterez. Hé oui, encore elles.

Rajouter parmi les petites activités annexes de la cuisine, de la pêche ou encore de la culture de légumes et vous avez là la panoplie parfaite du petit naufragé. Il n’y a pas à dire Ys VIII a réussi à marier son gameplay avec le contexte de sa trame scénaristique de fort belle manière.

Seul sur le sable, les yeux dans l’eau

Après le scénario et le gameplay, qu’en est-il du rendu visuel du jeu ? Autant le dire de suite, nous sommes loin des critères actuels de grande qualité graphique. Ys VIII a des airs de titre de l’époque PS3 voire PS2. Même si le titre est aussi disponible sur PS Vita, cela ne peut pas tout excuser. Inutile non plus de trop charger Nihon Falcom, dont on reconnait d’ailleurs clairement la patte graphique (ceux qui ont joué aux Legend of Heroes: Trails of Cold Steel le verront très vite). Les graphismes ne sont pas catastrophiques et avec une petite dose de tolérance, on passera rapidement outre. D’autant plus que le jeu est agrémenté de quelques très beaux dessins dans certaines cutscenes et dans les menus. Il y a même, à de très rares moments, de jolies cinématiques, malheureusement très courtes, en animé et je déplore qu’il n’y en ait pas eu plus, cela aurait permis de réduire la pauvreté graphique globale du jeu.

Et si visuellement ce n’est pas très jojo, ça ne l’est pas plus auditivement parlant. Même s’il y a bien une ou deux musiques agréables, les autres pistes sonores sont très génériques et sans réel saveur. Rien ne sortira du lot, rien ne viendra réellement sublimer un passage du jeu. Pire, certains instants musicaux sont en total décalage avec ce que sont en train de vivre les protagonistes. C’est vraiment dommage car certains moments auraient mérité un meilleur accompagnement musical. Mentionnons tout de même les bons doublages disponibles en japonais et anglais.

Au final, Ys VIII: Lacrimosa of Dana se révèle être une bonne surprise. Avec son scénario intéressant qui réserve quelques rebondissements, ses personnages attachants hormis le héros transparent et son gameplay simple et efficace, le titre de Nihon Falcom ravira à coup sûr les fans de JRPG. La durée de vie est raisonnable puisqu’il faudra compter une quarantaine d’heures voire plus pour ceux qui chercheront à tout explorer. Malgré quelques défauts, l’aventure est plaisante et le titre mérite amplement de se faire sa petite place au soleil.

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Évaluation de l'article

Points forts

  • Une histoire agréable à suivre
  • Un gameplay simple et efficace
  • Le principe du naufragé bien développé
  • Une bonne durée de vie
  • Une localisation française à saluer

Points faibles

  • Un héros transparent
  • Trop discret musicalement
  • Très limite graphiquement
7.5

Good

Ma devise : "Raler, c'est utile uniquement si tu en profites pour apporter une solution... sinon ça reste juste un plaisir".
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