TEST – Pokémon version Écarlate et Violet, deux épisodes entre tradition et modernité

Pokémon Écarlate et Violet ont beaucoup fait parler d’eux. Qu’il s’agisse de leur record de vente, des critiques à l’égard de leur niveau technique à la sortie, ou encore des qualités indéniables qu’ils possèdent, il faut avouer qu’il y a beaucoup de choses à dire. Nous allons ici nous contenter d’un test en bonne et due forme, ce qui représente déjà pas mal de points à aborder.

Pokémon versions écarlate violet test Une

 

• Genre(s) : « Pokémon-like » (aventure, exploration, capture/entraînement/combat de monstres)
• Développeur / éditeur : Game Freak / Nintendo
• Support de test : Nintendo Switch
• Disponible sur : Nintendo Switch
• Versions du jeu testées : version 1.0.1 (day one) & version 1.1.0 (patch 02/12/2022)

• Contexte & point de vue de cet article : l’auteur suit de près chaque épisode de la saga depuis les versions Rouge & Bleu en 1999.

« Tu es un dresseur, Harry »

L’histoire débute peu de temps après avoir emménagé avec notre chère maman dans une nouvelle contrée où la faune locale n’aura désormais plus aucun répit. De fil en aiguille, au dur et à mesure des présentations avec les locaux, on comprend assez rapidement que cette région tourne certes autour de sa Ligue Pokémon, mais également et surtout autour de son académie, véritable Poudlard local où l’étude de la magie fait ici place à des cours où l’on étudie les Pokémon et leurs mystères, ainsi que le secret de leurs pouvoirs. Notons que les différences principales entre les deux versions s’observent dans le nom de l’académie, les couleurs d’uniforme scolaire, le ou la prof favorisant soit l’étude du passé (écarlate) ou celui de l’avenir (violet), et bien évidemment dans les Pokémon exclusifs et la monture présente sur la jaquette. En ce qui concerne ce test, notre choix s’est porté sur Écarlate.

Après le traditionnel choix du starter, cap sur les environs avant de rejoindre l’académie en question. Assez rapidement, et malgré une introduction un peu molle du genou, on est soufflés par la liberté qui nous est offerte. Dans les opus précédents, rappelez-vous, le schéma de l’introduction était assez classique et recyclée à chaque fois : un·e protagoniste qui fait ses débuts dans un patelin un peu paumé, puis une route à suivre – très sage et sans détours – qui vous permet de vous familiariser avec les mécaniques de jeu avant de vous mener à la première ville. Dans Pokémon Violet et Écarlate, cette phase de jeu est remplacée par une vaste zone libre d’une taille assez impressionnante. Libre à vous, concrètement, de vous diriger totalement ailleurs et de vous abandonner à la chasse pendant 3 ou 4h à travers plusieurs zones ouvertes avant de visiter l’académie et sa ville qui constituent pourtant le premier objectif de l’aventure. Les limites s’imposent d’elles-mêmes via des obstacles naturels qui seront surmontables au fil de la progression, mais ce qui est disponible à ce stade de l’aventure est déjà conséquent. Cet agréable début de partie annonce ainsi la couleur : Écarlate et Violet ne seront pas aussi cadrés que les autres, et les joueurs et les joueuses ne seront pas tenu·e·s par la main du début à la fin.

« On ne peut plus moudre de grain, chérie, le moulin manque de FPS »

Mais ce sentiment de liberté n’est pas la seule chose qui nous frappe d’entrée de jeu. Qui dit exploration, dit également observation et contemplation. Et au niveau visuel, hélas, Pokémon Violet et Écarlate souffrent d’un niveau technique assez faible… Difficile de ne pas remarquer ces montagnes ou ces bâtiments au rendu dégradé dans le lointain et aux motifs de textures baveuses ou qui se répètent en damier comme durant les grandes heures de Mario 64. Puis viennent les animations de PNJ et de certains bâtiments qui sautent plusieurs frames dès qu’on s’en éloigne (mention spéciale au moulin à vent d’une des villes qui fait peine à voir de loin). On note aussi de nombreuses chutes de framerate en général, la console peinant souvent à aligner les 30 FPS stables. Autant de détails qui crient au jeu sorti trop tôt, requiem d’un aspect technique qui n’a pas bénéficié d’assez de temps de développement pour se voir optimisé sur une console où cela est pourtant indispensable si on veut y créer de la belle 3D en monde ouvert.

Surtout qu’à ce sujet, Pokémon Écarlate et Violet passent juste derrière le récent et superbe Xenoblade 3, en faisant même moins bien que The Legend of Zelda: Breath of the Wild sorti il y a quelques années… Difficile, dans ce contexte, de demander aux joueurs d’être compréhensifs avec le même prix de vente pratiqué. Cependant, même si le niveau est décevant, sachons raison garder : Pokémon Écarlate et Violet échappent malgré tout au même niveau de catastrophe visuelle que celui de Legends Arceus, notamment grâce à une meilleure gestion des couleurs (plus chatoyantes et plus agréables à l’œil) ainsi qu’à la présence d’environnements plus travaillés, remplis et variés – et qui proposent une certaine verticalité plus qu’appréciable à un certain stade de la progression. La direction artistique, un peu plus maîtrisée que celle de Legends Arceus, participe grandement à sauver les meubles.

Ces contraintes manifestes de temps de développement s’illustrent aussi à travers les nombreuses boutiques du jeu dont les trois quarts – boutique de vêtements y compris – ne sont accessibles que par un menu qui s’affiche dès que vous passez le pas de la porte. Seules les boutiques de sandwichs offrent des bâtiments neutres à visiter, et – sauf oubli de notre part et hors le patelin d’origine qui se limite à deux maisons au total – nous n’avons pas non plus remarqué d’habitations de PNJ ouvertes à la visite. Ce dernier point, cela dit, c’est pas forcément une grosse perte, mais cet étrange zoom caméra qui s’enclenche dès qu’on s’approche de certaines portes fermées nous paraît assez éloquent. C’est ce qui nous fait penser que certains bâtiments étaient bels et bien prévus pour être visités avant d’être coupés en plein développement.

Victoire à la Pyrax

Malgré tout, on aurait tort de ne juger Pokémon Écarlate et Violet qu’à l’aune de ses faiblesses graphiques. Malgré une architecture souvent branlante, ces deux versions s’avèrent funs et agréables à parcourir. Les nouveautés de gameplay apportées ici dépassent en effet l’apport de ces simples mécaniques-gadgets habituellement apportées pour se différencier des épisodes précédents. On citera par exemple le système de combat instantané qui permet d’envoyer un Pokémon vers l’un de ses congénères sauvages afin d’enclencher une bagarre rapide et sans transition, ce qui apporte certes moins d’expérience qu’un affrontement normal, mais permet ainsi de récupérer du matériel plus rapidement ou de dégager la voie sans se farcir des animations de combat à la chaîne. La monture qui évolue au fil des aventures comme l’on glanait jadis les CS, est également une excellente idée qui propose une évolution de l’exploration plus organique. D’autres ajouts, comme la confection de sandwichs aux effets divers, sont plus anecdotiques mais constituent néanmoins des fonctionnalités appréciables en fin de partie quand vient par exemple le moment de chasser le shiny. On retrouve aussi les raids Pokémon, ce coup-ci orientés autour de la « Teracristallisation », cette capacité permettant aux Pokémon de s’attribuer un type d’élément précis tout en gagnant des bonus de statistiques.

L’Académie apporte également son lot de nouveautés avec des cours à suivre, des examens à passer, des profs avec qui se lier d’amitié, et une chambre personnelle (même si à ce sujet, on ne comprend pas trop le concept de la chambre du campus située à un vol d’oiseau du foyer maternel, et surtout non-customisable). Quelques raccourcis ergonomiques font également leur apparition, comme le soin rapide qui permet en un ou deux appuis de touche de soigner un Pokémon de l’équipe, même si s’étonne que certains autres ne soient pas plus mis en avant (le raccourci ZL pour activer le changement d’objets tenu d’un Pokémon à un autre n’est même pas mentionné dans le menu concerné, par exemple).

Mais ce sont les histoires et les personnages qui portent véritablement le jeu sur leurs épaules. On sent que Game Freak a eu envie de faire passer la licence au niveau supérieur à ce sujet, en nous proposant ici trois fils narratifs : la classique course aux 8 badges de la Ligue avec le Conseil des 4 au bout du chemin ; une quête visant à récupérer des épices secrètes aux pouvoirs de guérison miraculeux ; et un une autre centrée sur la Team Star et qui exploite des thèmes plus sérieux que d’habitude (ce qui tranche agréablement avec toutes ces teams au ras du sol croisées dans les jeux précédents). Les personnages rencontrés, sans non plus atteindre des sommets d’écriture, sont toutefois bien écrits et ils nous donnent aisément envie de s’y attacher.

De plus, niveau chara-design, on peut dire que la surprise est grande. Les trailers nous avaient mis le doute à ce sujet en nous présentant des hordes d’écoliers en short en mode copiés-collés et sans plus de charisme que dans un jeu mobile générique, mais la réalité est toute autre : les PNJ croisés ont souvent beaucoup de style, et certains d’entre eux ont déjà atteint le panthéon des favoris des joueuses et des joueurs (Cayenn, épouse-moi). On remarque aussi des efforts de mise en scène, bien que parfois minés par une absence de doublages qui se fait de plus en plus ressentir depuis les chauffeurs de stade et les chanteurs muets de Pokémon Épée et Bouclier. On retrouve les bruits de foule de ce dernier pendant les combats officiels, mais l’effort demeure trop timide.

Ces mises en scène parfois touchantes, ces histoires un peu plus fouillées que d’habitude et son monde ouvert plutôt réussi (malgré des points d’intérêts limités) font de Pokémon Ecarlate et Violet des épisodes à part. Une 9ème génération qui nous parait se rapprocher subtilement d’une ambiance de JRPG sans toutefois trop s’y risquer non plus. La faute, sûrement, à ce temps de développement trop court plus qu’à une potentielle frilosité artistique, tant ce qu’on a vu ici nous semble traduire une aspiration à effectuer une mue radicale et salvatrice.

Au début de ce test, je ne m’attendais pas à considérer Pokémon Ecarlate et Violet comme les meilleures versions de la série au vu des problèmes techniques qui m’ont sauté à la figure. Et pourtant, alors que vient le moment de clore cet article, j’affirme que c’est bel et bien le cas. Oui, techniquement, c’est une honte de sortir un jeu dans cet état, surtout au prix proposé quand on voit ce que propose la concurrence en terme de finition. Mais en terme de contenu, celui-ci vous happe très rapidement pour vous faire oublier le framerate fébrile pendant que vous sautez d’une colline à dos de monture ou que vous vous émerveillez devant celui ou celle qui est en train de devenir votre personnage préféré. S’il ne faut évidemment pas accepter un tel niveau technique, il faut reconnaître que le travail de Game Freak sur le gameplay est incroyable. Sans ces soucis qu’un rythme de travail plus sain aurait pu éviter (grosses pensées aux devs), on frôlait de peu la note parfaite en ce qui nous concerne.

 

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Évaluation de l'article

Points forts

  • Des personnages inoubliables
  • Les nouveaux Pokémon sont stylés
  • Les trois histoires à suivre et le final sont plutôt bien écrits, ça change
  • Une durée de vie avoisinant les 70-80h sans forcer
  • De nouvelles fonctionnalités appréciables, et surtout utiles

Points faibles

  • Textures ratées et chutes de FPS fréquentes
  • Une bande-son trop en retrait qui manque de personnalité
8

Great

Co-fondateur de Try aGame, pinailleur en chef, et amateur de belles histoires. Vous pouvez me suivre sur Twitter et Mastodon
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jtrjtrjhrfg
jtrjtrjhrfg
10 jours il y a

je vais acheter le jeu. Merci!

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