Support : Nintendo Switch 2
Genre : tactical rpg
Fire Emblem : Fortune’s Weave fait suite à un FE Engage qui n’avait pas totalement convaincu notre ami Soren, surtout en ce qui concerne son écriture, contrairement à FE Three Houses. Autre épisode de la licence, autre testeur pour cette fois-ci, moins au taquet sur les tactical et encore moins sur ce Fire Emblem. Pourtant, c’est clairement un épisode qui m’a conquis. Retour sur une expérience de jeu ô combien captivante.
Une lutte contre le destin
1454, l’empire de Dagda court un grand danger. Le dieu-démon Balor va s’éveiller et ses intentions sont belliqueuses. Et c’est là que vous intervenez, enfin la déesse Fortuna agit et vous convoque. Affronter un démon droit dans les yeux, c’est dangereux. Par contre, ce qui est pratique, c’est d’être doté de pouvoirs temporels comme la déesse Fortuna. Il suffit alors d’un saut dans le passé, de croiser la route de 4 potentiels héros de cette guerre qui s’annonce impitoyable, et on leur vient en aide. Ces quatre futurs héros, ce sont Cai, Dietrich, Theodora et Leda. Vous vous souvenez ? On avait fait les présentations lors de notre preview du jeu, toujours disponible en cliquant sur ce lien.
On ne dressera pas à nouveau les dossiers pour chacun d’entre eux, mais rappelons que dans les faits, les quatre protagonistes partagent le même objectif dès les premières heures du jeu : viser la victoire aux Jeux Héroïques. Ils n’ont aucune conscience d’un dieu-démon qui vise à détruire le royaume, mais ils réalisent rapidement que quelque chose se trame à Dagsion, la capitale du royaume.
[Attention Spoiler] Mais surtout, ils partagent un autre point en commun fondamental : les trésors de Drake. Si nos protagonistes sont si puissants, c’est qu’ils ont chacun hérité d’une sorte de relique ancestrale qui confère des capacités extraordinaires. Les quatre se verront ainsi aimantés les uns contre les autres puisque leurs pouvoirs vont quelque peu réagir lorsqu’ils se rassemblent. Puisqu’une médaille n’est jamais sans revers, ces trésors de Drake agissent aussi directement sur la personnalité de leurs possesseurs, accentuent leur frénésie et révèlent ainsi une épée de Damoclès au-dessus de leur tête. [Fin du Spoiler]
Ainsi, si on incarne chaque protagoniste, on ne maîtrise pas tellement leur destinée. Puis, les développeurs ont réalisé un choix important : chaque héros se joue lors d’une aventure bien distincte. On peut jouer Cai et affronter Leda, ou jouer Leda et affronter Cai, et on ne se doute pas de l’impact d’une défaite pour l’un ou pour l’autre, et celui-ci sera légèrement différent selon le scénario que vous choisissez. En réalité, vous rejouez 4 fois la même histoire dans les grandes lignes, mais elle change sensiblement entre ces lignes.
Le royaume des conspirations
Chaque héros sera animé par son ambition, mais aussi des objectifs personnels. Mieux encore, on se retrouve à embrasser les quêtes spécifiques à chaque personnage qui nous accompagne. La mission la plus flagrante tourne autour de l’arc Dietrich. On en est même à se demander s’il représente vraiment le personnage principal de son histoire. Certes, on suit les traces d’une créature exceptionnelle afin de la combattre à nouveau, car cette perspective donne des frissons à notre protagoniste assoiffé de sang. Néanmoins, c’est bien la quête de Fabio qui est très rapidement suivie, et on réalisera ensuite rapidement qu’il représente un personnage à part entière dans l’intrigue de Fire Emblem: Fortune’s Weave.
On se retrouve aussi avec d’autres situations similaires. Nos héros principaux feront ainsi leurs armes avec des compagnons qui jouent un rôle important dans l’intrigue : messager d’une déesse, enfant d’une prisonnière, et d’autres rôles qui épaississent le scénario. Cela représente une réelle plus-value pour l’appréciation de l’histoire. On joue sur plusieurs tableaux et on passe naturellement d’une mission à une autre. Plus tardivement dans le jeu, on se retrouve même à aider les autres héros au cours de quêtes annexes.
Le procédé est complètement volontaire puisque l’on va progressivement assimiler les tenants et les aboutissants de l’intrigue, à travers les récits de chaque personnage, et les rebondissements liés à toutes ces quêtes. On se rend compte petit à petit qu’il se trame des choses importantes dans le dos du souverain, et surtout, aux quatre coins du royaume, et même au-delà ! Les personnages secondaires tiennent un rôle primordial dans la narration, et cela permet de donner du corps au texte. Bien sûr, c’est aussi une piqûre de rappel. Plus on avance dans les Jeux Héroïques, plus on risque d’oublier l’enjeu majeur que cet événement couvre, à savoir la quête léguée par Fortuna. Et lors de nos nombreuses expéditions et diverses rencontres, on va découvrir qui est cet ennemi en devinant ses intentions, puisqu’elles seront liées à l’ascension du Roi-Démon que l’on veut éviter.
À la guerre comme à la guerre
Et cette guerre demande de la préparation. Le schéma de jeu, en matière de mécaniques de combat, se déroule de la même manière de chapitre en chapitre. On connait une phase d’exploration durant laquelle on va enchaîner les allers-retours sur la map (carte du royaume de Dagda). Cela nous permettra de fouiller les environs à la recherche de ressources, de visiter les différentes Cités en jetant un oeil aux divers marchés, armureries afin de remplir des quêtes annexes, de s’équiper toujours mieux ou de revendre des objets pour se faire de la thune qui est bien trop rare au début, puis que l’on fait rapidement fructifier une fois que l’on connait les bons filons de chaque héros. Par exemple, Leda et son art de danser permettra d’augmenter aisément son budget, en plus d’accroître sa popularité.
Quoiqu’il en soit, cette phase d’exploration permettra de gagner en réputation, ce qui est notamment utile pour ouvrir la voie à de nouvelles zones à travers les bastions, mais aussi à disposer de meilleures classes pour nos personnages. La découverte de zones inédites s’accompagne évidemment de grands dangers puisqu’on trouvera des ennemis un peu partout, comme des bêtes sauvages, des morts-vivants, des vagabonds, ou des soldats aux intentions pas très nobles. On ne vaincra pas sans péril, mais on récoltera de la gloire. L’enchaînement de victoires sera synonyme de gains de niveaux et de compétences propres à chaque personnage, à chaque classe. De cette façon, on personnalise les profils de nos combattants, et on accentue la maîtrise de leur art (arc, hache, lance, magie… et bien d’autres). D’ailleurs, on n’a vraiment le choix que d’augmenter la maîtrise dans chaque discipline, car certaines armes ne seront maniables seulement si on y a acquis de l’expérience. Un choix cohérent qui évitera les profils surpuissants et cheatés.
Ce qui est agréable dans les différents systèmes d’exploration, c’est que le studio nippon nous fait gagner énormément de temps, tout en nous donnant un max d’informations et d’astuces. Le temps se caractérise en nombre de tours à jouer, et qu’on en ait 22 ou 148 à disposition, il est toujours indiqué le temps de trajet, en nombre de tours, vous saurez ainsi ce qu’il en coûte, car le temps est précieux. En phase de combat, vous connaîtrez souvent l’impact de vos attaques sur la jauge de santé de vos adversaires. Cela ne rend pas le jeu plus facile, cela permet de disposer d’options très pratiques pour le joueur.
Concernant le gain de temps, c’est peut-être le constat le plus agréable, celui qui sert le plus le rythme du jeu. Hormis les affrontements importants de l’intrigue principale et les combats déclenchés lors de l’exploration de la map, on nous permet de passer en mode Automatique (en temps réel) ou de zapper complètement la séquence de combat (lors de l’exploration de donjons). C’est totalement facultatif, on peut ainsi diriger le combat, le regarder (en mode auto), tout comme on peut le faire pour les séances d’entraînement et d’investissement dans les temples, lors de la visite des thermes ou du théâtre (légèrement différent celui-là). Ce genre d’activités aurait pu se montrer répétitif à la longue et montrer la volonté d’augmenter superficiellement la durée de jeu. Or, cette option disponible dans ce Fire Emblem affiche le contraire et laisse le choix aux joueurs de s’y investir ou non.
Pour le combat en lui-même, les fans de Fire Emblem ne seront pas dépaysés, les autres découvriront une machine bien huilée. Si le jeu propose autant de classes et d’évolutions de classes, c’est qu’elles ont toutes leurs utilités, et surtout leur impact dans l’arène ! En plus du choix des attaques, le placement de chaque combattant sera primordial, et on ne sera pas toujours inspiré d’aller au maximum des déplacements. Il faudra faire preuve d’anticipation, d’intelligence et de clairvoyance pour prendre le dessus sur l’adversaire, et passer à l’offensive au bon moment, alternant entre les soins, les soutiens, les attaques physiques, magiques et les capacités spéciales de chacun. Dès que le niveau se corse, la moindre erreur peut se payer cash.
Par exemple, lors des Jeux Héroïques, plus on avance dans le tournoi, plus le niveau de la troupe ennemie devient élevé. Et ce sont aussi les facteurs environnementaux qui varient et qui rendent les affrontements différents des autres. On voit apparaître des barrières magiques, des leviers à activer sous peine de se prendre des attaques à distance dévastatrices, des leviers pour réaliser, à notre tour, des dégâts de zone considérables, et d’autres tours de passe-passe pour dynamiser les combats et nous surprendre. Lorsque l’on sort de l’arène, que l’on soit plongé dans des guerres géopolitiques ou simplement d’autres batailles liées à la quête de chaque perso, on apprécie encore que le schéma des affrontements soit complètement différent, que la façon de les aborder doive être réfléchie sous peine d’une défaite inéluctable. La recette fonctionne, et les bénédictions des temples permettront de moduler les bonus et varier les stratégies.
Il faudrait bien plus de 1700 mots pour détailler les qualités de Fire Emblem Fortune’s Weave, et le plaisir que j’ai pris à découvrir chapitre par chapitre l’histoire de nos 4 héros et leurs compagnons, la façon dont l’intrigue de chacun s’épaissit, les mécaniques de combat maîtrisées et la personnalisation des classes, et la façon dont Intelligent Systems nous débarrasse des segments habituellement pénibles du genre. Malgré des petits défauts qui réduisent parfois le plaisir de jeu, Fire Emblem Fortune’s Weave peut viser incontestablement une place au statut de GOTY en cette fin d’année et séduire un nouveau public tout comme les habitués à la licence.
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