TEST – Dragon Quest I II HD-2D Remake, toujours aussi mythique ?

Un retour aux prémices des JRPG, au siècle dernier

Développeur : Square Enix
Éditeur : Square Enix
Support : PC, PS4, PS5, Switch, Switch 2, Xbox One , XBox Series X/S
Version pour le test : PS5
Genre : JRPG
Date de sortie : 30 octobre 2025

 

En 1986, Dragon Quest posait les bases du JRPG moderne sur NES. Presque quarante ans plus tard, Square Enix nous propose de replonger dans les origines de la saga avec Dragon Quest I II HD-2D Remake, une compilation qui ne se contente pas de donner un coup de polish à deux classiques, mais bien de proposer une nouvelle expérience « rétro-modernisée ». Après le succès de Dragon Quest III HD-2D Remake l’an dernier, ces remakes achèvent de moderniser la « trilogie d’Elric », une saga familiale où chaque épisode explore une époque différente d’un même monde. Mais attention : si Dragon Quest III était une préquelle ambitieuse et déjà bien structurée en son temps, Dragon Quest I et II étaient des jeux bien plus bruts, nés à une époque où le genre du JRPG balbutiait encore. Alors, Square Enix a-t-il réussi à transformer ces reliques des années 80 en expériences accessibles aux joueurs d’aujourd’hui ? Ou ces remakes restent-ils prisonniers de leur époque, malgré leur lifting HD-2D ? On vous explique tout ça dans notre test.

Deux salles, une ambiance

À l’origine, Dragon Quest I était une quête minimaliste : un héros solitaire, descendant du légendaire Elric, devait sauver la princesse Gwaeline et vaincre Lordragon, un démon plongeant le monde d’Alefgard dans les ténèbres. Pas de twists narratifs, pas de développement de personnage complexe – juste l’épopée épurée (et un peu cliché) du héros élu contre le mal.

Dans Dragon Quest II, plusieurs générations plus tard, trois cousins héritiers de la lignée d’Elric reprenait le flambeau pour vaincre Kaos, un sorcier maléfique ayant détruit le royaume de Ruisselune. Là encore, à la fin des années 80, le récit était somme toute basique.

Mais Square Enix a profité de ce remake pour réécrire et étoffer ces récits. Dragon Quest I en sort largement grandi : dialogues enrichis, mise en contexte plus claire, et quelques séquences inédites qui humanisent le héros et renforcent son lien au monde. Dragon Quest II, de son côté, consolide sa narration et gagne un nouveau protagoniste avec la princesse de Cannock, qui apporte son dynamisme au groupe.

Si les deux personnages principaux restent mutiques (un peu une marque de fabrique de la saga), le monde qui les entoure est désormais plus bavard. Les dialogues ont gagné en expressivité, notamment grâce au doublage de qualité disponible en japonais ou en anglais, tandis que les textes ont été traduits en français. Un vrai plus pour l’immersion.

Comme son nom l’indique, ce remake s’appuie sur le désormais célèbre style HD-2D de Square Enix, celui-là même qui a fait le charme d’Octopath Traveler ou de Triangle Strategy. Le résultat est toujours aussi réussi : un monde de pixels chatoyants qui conserve le charme rétro des années 80 tout en profitant de la netteté et du relief de la 3D moderne.

L’esthétique HD-2D prouve encore une fois qu’elle n’est pas qu’un gadget, mais une vraie identité visuelle pour les jeux qui veulent procurer une bouffée de nostalgie. On regrette toutefois que le charadesign ne s’identifie pas davantage au coup de crayon d’Akira Toriyama, pourtant à la manœuvre sur les jeux originaux. De même, les animations en combat sont un peu chiches et manquent parfois de vie.

Côté sonore, la bande-son, entièrement réorchestrée, accompagne avec brio cette refonte. Les thèmes épiques et les mélodies joyeuses des villages sont magnifiques, même si certaines boucles finissent par devenir répétitives à la longue.

L’avenir est un long passé

Le plus grand défi de ce remake de Dragon Quest I était sans doute de moderniser un système de combat archaïque : un héros seul, des combats au tour par tour basiques en 1V1, et une difficulté parfois impitoyable. Square Enix a donc désormais décidé de nous laisser seuls… mais face à plusieurs ennemis. Les combats deviennent alors bien plus stratégiques, car il faut gérer les attaques de plusieurs adversaires en même temps. Et vous vous en doutez, ce n’est pas toujours une sinécure.

Les sorts et compétences jouent alors un rôle crucial. Par exemple, il faut savoir quand utiliser un sort qui augmente l’évasion, ou un autre qui permet de répéter une attaque deux fois de suite, au prix de nombreux précieux PM. L’arrivée de sorts de zone coïncide avec la présence de plusieurs ennemis, mais ceux-ci étant moins puissants qu’un sort à cible unique, il faut aussi savoir quand les utiliser à bon escient.

Cependant, malgré ces améliorations stratégiques, le gameplay de Dragon Quest I reste marqué par son époque. Les combats aléatoires sont fréquents, et le grind est nécessaire pour progresser, notamment avant les boss. Heureusement, les options de confort, comme le mode facile « Draconnet », les sauvegardes automatiques et l’accélération de la vitesse des combats, atténuent la frustration.

On retrouve un peu le même constat avec Dragon Quest II, même si les points évoqués sont atténués par la présence de quatre personnages jouables. Chaque membre de l’équipe ayant un rôle spécifique (guerrier, mage, hybride,…), cela permet de créer des stratégies variées, et les séances de grind paraissent un peu moins monotones.

Par ailleurs, les deux opus partagent des mécaniques héritées des opus plus modernes, comme les parchemins et les sceaux à trouver à travers le monde. Les premiers permettent d’acquérir des compétences uniques, tandis que les seconds boostent nos combattants grâce à des bonus passifs non négligeables. L’exploration est donc souvent récompensée, et les plus curieux ne bouderont pas leur plaisir avec en plus les mini-médailles qui permettent d’acheter des objets et sorts supplémentaires.

D’autant que l’exploration est dans son ensemble plus riche et variée qu’à l’origine. Le monde est plus vaste, avec des zones et des donjons supplémentaires. Les joueurs peuvent naviguer librement, ce qui permet de découvrir des zones secrètes et des trésors cachés.

On en remet une couche

Malgré cette exploration enrichie, l’interface demeure volontairement minimaliste, un peu trop à mon goût, nuisant parfois à son ergonomie. Square Enix a toutefois ajouté quelques fonctions modernes appréciables, comme l’indication des coffres déjà récupérés dans une zone, la possibilité d’assigner des raccourcis pour les sorts les plus utilisés, et la possibilité d’activer le marqueur de quête en cours pour éviter de déambuler au hasard quand on a pas bien compris un objectif. Une manière subtile d’éviter la frustration tout en préservant le charme de l’exploration « à l’ancienne ».

Les deux remakes introduisent également de nouvelles quêtes annexes, souvent discrètes mais jamais inutiles. Certaines ajoutent un soupçon de lore, d’autres offrent des objets précieux ou des parchemins rares. Ce contenu supplémentaire ne dénature jamais la progression originelle : il s’agit de petites touches, disséminées ici et là, qui invitent à fouiller chaque recoin du monde. Les joueurs qui aiment aller au-delà de la route principale y trouveront une vraie motivation, tandis que les plus pressés peuvent tout à fait s’en passer sans se sentir pénalisés.

Le rythme général est d’ailleurs mieux maîtrisé que dans les versions d’origine. Les allers-retours, autrefois nombreux et parfois laborieux, sont atténués grâce à des points de voyage plus généreux, dont certains apparaissent automatiquement après avoir accompli un événement clé. La progression devient ainsi plus fluide, plus agréable, tout en conservant une structure très « années 80 » où le joueur doit mémoriser, expérimenter, et parfois accepter de tourner un peu en rond.

Côté équilibrage, Square Enix a tenté de concilier deux publics : les nostalgiques des jeux exigeants et les nouveaux venus que la difficulté brute pourrait décourager. Résultat : les boss sont plus intéressants qu’autrefois, avec des patterns un peu mieux définis et des attaques spéciales plus lisibles. En revanche, certains pics de difficulté subsistent, notamment dans Dragon Quest II, dont le dernier tiers reste volontairement éprouvant. Ceux qui souhaitent une aventure plus tranquille peuvent heureusement ajuster la difficulté à tout moment, ou activer quelques options d’assistance sans que le jeu ne punisse ou ne stigmatise cette approche.

En termes de durée de vie, ces remakes s’en sortent honorablement. Dragon Quest I propose désormais une aventure qui peut facilement s’étendre entre 12 et 20 heures, selon le temps passé à explorer, à accomplir les nouvelles quêtes annexes ou à optimiser son équipement. Le scénario enrichi, les donjons réagencés et les nouveaux systèmes de progression donnent une épaisseur inattendue à cet épisode fondateur, qui n’a plus du tout l’allure d’un petit jeu d’époque.

Dragon Quest II, naturellement plus ambitieux, propose quant à lui une aventure bien plus longue. Comptez entre 20 et 30 heures pour voir le bout de l’histoire, voire davantage si vous vous aventurez dans les zones optionnelles ou si vous souhaitez tirer pleinement parti des parchemins, sceaux et équipements rares disséminés dans le monde. Les quelques pics de difficulté du dernier tiers obligent aussi à un peu de préparation supplémentaire, allongeant mécaniquement la durée de vie, mais sans jamais la rendre artificielle.

Au final, cette compilation offre un contenu solide, avec plus de 35 à 50 heures de jeu cumulées selon votre style de progression. Une durée remarquable pour deux remakes d’épisodes sortis initialement à une époque où le JRPG n’était pas encore conçu pour occuper des dizaines d’heures. Et surtout, une durée de vie qui tient parfaitement la comparaison avec certains jeux du genre sortis aujourd’hui

Avec Dragon Quest I & II HD-2D Remake, Square Enix réussit un pari délicat : moderniser deux monuments du JRPG sans trahir leur héritage. Tout n’est pas parfait, l’interface minimaliste, quelques animations timides et des relents de grind d’un autre âge rappellent l’origine très datée de ces épisodes, mais le travail de réécriture, l’enrichissement de l’exploration, la refonte des combats et la mise en scène soignée donnent une nouvelle vie à ces classiques. Portés par une direction artistique somptueuse et une bande-son réorchestrée qui sublime chaque région traversée, ces remakes offrent un retour aux sources à la fois respectueux, accessible et étonnamment généreux. Une compilation idéale pour redécouvrir les fondations de la saga, ou pour comprendre comment Dragon Quest est devenu l’un des piliers du JRPG.

 

Points forts

  • La direction artistique HD-2D
  • Les améliorations de gameplay
  • Des scénarios enrichis
  • Les nombreuses options de confort
  • La durée de vie solide
  • Un retour aux origines du JRPG

Points faibles

  • Une interface un poil minimaliste
  • Quelques pics de difficulté qui auraient pu être gommés
  • Un petit manque d'animations (notamment en combat)
8.5

Great

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