Une histoire d’inspirations
Avant même d’aborder les mécaniques de gameplay, la direction artistique ou le scénario, il me semble nécessaire d’évoquer des inspirations et du ressenti lors des premières minutes et heures de jeu. Un ressenti qui ne s’estompera pas par la suite. Car autant le dire de suite, Metaphor ReFantazio n’est pas une révolution mais a su prendre les ingrédients du J-RPG pour nous mijoter une belle recette fort savoureuse mais un peu lourde en fin de repas.
Déjà il y a la pâte Atlus avec des menus et un habillage général hyper dynamique, une patte qui se retrouve dans l’ensemble de leurs titres : Unicorn OverLord, Personna, Shin Megami Tensei. Ensuite, il y une reprise des codes du genre, une fidélité qui me fera personnellement grogner sur quelques aspects : un casting ne dépassant pas les 22 ans, des personnages très beaux et assez charismatiques, une naïveté globale et des envolées lyriques comme seules les créations japonaises et les séries de TF1 savent en faire. Metaphor ReFantazio tente de limiter un peu ces effets avec notamment des choix, de dialogues et d’actions. Si ces choix permettent d’élever momentanément le propos, ils seront sans conséquence. Nous parlons ici des petits dialogues tout le long de de votre périple, car oui le jeu proposera bien plusieurs fins.
Côté scénario, on se retrouve dans une dynamique de régicide avec des camps qui vont s’affronter en coulisses ou en combat pour arriver à leurs fins. Un scénario plutôt adulte qui ne sera pas sans nous rappeler les heures les plus belles car les plus sombres de FF Tactics mais qui dans sa mise en scène fera plus souvent penser à un filler de One Piece.
Puis il y a toute une imagerie grotesque, principalement dans les principaux antagonistes que sont les humains (nous allons y revenir), créatures que ne renieraient pas l’Attaque des Titans, Gantz ou Berserk, qui mêle une bizarrerie à un certain effroi devant des corps démantibulés, amalgamés, malsains, reconstruits avec des éléments sortis d’un cauchemar (regardez les screens). Le bestiaire des monstres « classiques » est plus sage, tout en restant intéressant jusqu’à un monstre en particulier qui m’a fait vriller, une tête de poisson avec des jambes humaines, la déception m’a frappé.
Metaphor n’est pas comparaison
Encore que…
Pour fouler le sol du royaume d’Euchronie, il vous faudra nommer deux personnages, le jeune Elda que vous incarnerez directement et un autre, en arrière plan. Pas de spoil mais entre le nom du jeu et le nom du royaume vous devinerez bien vite que le monde proposé ne sera pas une finalité. Les eldas sont une des peuplades de ce royaume, peuplades dont certaines sont brimées au point de ne pas avoir accès à certains quartiers ou services en ville, sans parler du racisme quotidien dont ils sont victimes (une métaphore donc ?).
Protagoniste principal qui se retrouve voyageant pour la capitale en vue de contacter un des espions de sa faction, faction qui a pour mission de sauver le prince atteint d’une mystérieuse malédiction le transformant en beau aux bois dormants, sans les bois mais avec des sortes de barbelés/lianes rouges lui parcourant le corps.
Le sort s’acharne sur la famille royale puisque le roi, son père, décède des suites d’un tragique accident de dague plantée en plein cœur, de la main d’un certain Louis, conte, prodige de l’armée car fin tacticien et apparemment mage de très haut niveau qui se trouve aussi être à la tête d’une milice qui fera des petits au sein de l’armée régulière.
Mais comme nous sommes dans un J-RPG ponctué de scène en Anime (de fort belle facture), tuer un roi ça reste cool, personne ne régit plus que cela et l’esprit du roi mort s’invite à ses propres funérailles pour délivrer un message : son successeur sera choisi par les like du peuple et pour suivre « l’élection » une statue de têtes, dont les tailles représentent leur taux d’acceptation. Les plans de Louis s’annoncent plutôt bien car en tête du sondage TikTok mais il est talonné par le pape de la religion officielle. Et comme dirait un sage de cette industrie, quand une religion s’immisce dans un jeu et à fortiori un jeu de rôle, c’est jamais bon signe.
Votre premier assignement, après avoir trouvé votre contact, va donc être d’assassiner Louis, via un plan que ne renierait pas Vin Diesel : Foncer dans le tas et l’égorger. On a fait plus fin, les travers du J-RPG tout ça tout ça… Bien évidemment tout ne se passera pas comme prévu et vous vous retrouverez à devoir participer et influer sur l’élection avec vos compagnons, qu’ils soient combattants ou sur le banc de touche, comme notamment More, le gardien d’Akademeia, une bibliothèque hors de la réalité d’Euchronie qui vous expliquera tous les tenants et aboutissants des archétypes.
More qui est aussi l’auteur du livre avec lequel vous vous baladez depuis des années, un livre de fantaisie décrivant un monde composé d’une seule tribu où tous sont égaux, un livre inspiré de l’Utopie de Thomas More, un humaniste anglais du XVIe siècle (une métaphore donc ?).
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More va donc vous expliquer que vous pouvez accéder aux pouvoirs des archétypes, qui est en fait un système de classe, comment progresser, les synergies entre archétypes qui permettent d’avoir des actions combinées et surtout comment en débloquer la plupart. Les autres se débloquant en croisant d’autres personnages, jouables ou non. Il faudra donc penser à bien monter ses vertus et parler à tout le monde, partout, même si le jeu nous prend la main pour oublier personne.
Sur un damier sont disposés ces classes, il vous faudra les acheter avec une réserve magique que vous remplirez au fil des combats. Si les archétypes de base sont à prix modeste (500), les plus avancées nécessiteront de faire des économies (20000) sachant que l’achat sera à répéter pour tous les personnages à qui vous pourriez avoir envie de les attribuer.
Surtout qu’en raison de cette synergie et des pouvoirs alors débloqués, il vous faudra optimiser. Chaque archétype vient avec ses pouvoirs en propre, un système permet d’attribuer un pouvoir débloqué à une autre classe du même personnage, histoire d’embarquer, un heal ou un sort de flamme sur un combattant, ça fait toujours plaisir. Et puis il y a aussi, et surtout les passifs. Ceux-ci augmentent votre puissance, souvent sous conditions (avoir un archétype lié avec vous) et surtout activé suite à une action en combat rapide.
Le système de combat est classique J-RPG, mais avant de combattre vous pourrez attaquer comme dans un Action-RPG, les ennemis faibles mourront instantanément et les autres subiront quelques dégâts et pourront être assommés pour le premier round du « vrai » combat. Durant cette phase d’action, les mages pourront récupérer leur mana, d’autres leur vie, hyper utile quand on sait à quel point les objets permettant de récupérer sa mana sont rares et que passer un niveau ne vous redonne ni vie ni mana ! Une phase d’action qui deviendra vite rébarbative au 3e donjon.
Les combats sont d’ailleurs plus intéressants que dans d’autres du même style car il ne faudra pas attendre longtemps pour avoir le besoin impératif de jouer avec le positionnement de vos héros, en première ou seconde ligne pour éviter les coups massifs, ou être confrontés aux résistances, invulnérabilités et faiblesses, s’ensuivra un jeu d’optimisation pour trouver quelles classes jouer dans votre groupe et avec quels pouvoirs supplémentaires et quels équipements (pouvant aux aussi apporter des compétences) pour triompher.
Et Atlus oblige, vous aurez des relations à creuser avec chacun de vos compagnons, pour en savoir plus sur eux, débloquer des arcs narratifs mais aussi des bonus intéressants ! On vous proposera alors de partir en tête à tête pour telle ou telle activité ou discussions en soirée. D’ailleurs fonctionnalité gadget mais amusante, vous pouvez voir les niveaux et la composition des autres joueurs, histoire de vous faire une idée de votre situation.
Car c’est l’autre versant du système de jeu, le découpage du calendrier et de la journée, là aussi un héritage de qui vous savez. Les principaux évènements sont planifiés à une date précise, un enterrement, un tournoi ou ils ont une durée (6 jours avant que tel truc n’arrive, 4 avant que ça finisse) et il va falloir en tenir compte car le nombre d’actions dans une journée est TRES limité. Ainsi faire un donjon vous prendra l’après-midi jour, que vous y restiez 15 secondes ou 2 heures réelles. Vos héros ne branlent rien en matinée et impossible de le faire en soirée, c’est trop dangereux d’après votre compagne fée, une petite fée qui sert de tuto et de bloc-notes, qui vous permet de scanner une pièce pour savoir le niveau des monstres (si déjà rencontrés), obtenir des infos sur les quartiers de la ville ou vous coacher lors des combats (soigne toi ! Bien joué ! Il est faible à cela ! Punaise t’est qu’un gros nul à avoir raté ton coup !!!)
Vous pourrez aussi parler aux habitants pour leur rendre des services ou juste en apprendre plus sur eux et leur peuple et ainsi augmenter vos vertus royales qui vous permettront de débloquer quêtes et services. Et un dialogue vous prendra aussi une demi-journée.
Vous comprendrez alors deux choses : tout d’abord vous êtes pressés par le temps et en plus il faudra l’optimiser pour trouver le temps pour vous d’explorer et surtout de monter en niveau, car non, même en normal, les combats ne sont pas faciles. Bon après en cas de décès prématuré, on reprendra juste avant le boss ou le combat fatal et au pire les checkpoints sont nombreux.
Et ce système est le principal défaut du jeu : d’un côté l’exploration est limitée, prise d’expérience comprise pour les archétypes qui pourraient être vitaux pour le boss d’un donjon, et d’un autre côté il va à l’encontre d’un scénario qui nous impose de sauver un royaume mais à une date précise. Oui des fois c’est justifié, mais souvent non.
Donjons & couloirs
Metaphor ReFantazio est construit avec un moteur assez limité, oubliez l’open world. Courts écrans de chargement (toujours très esthétiques) entre quartiers d’une ville ou parties d’un donjon, cinématiques avec le moteur pour en faire passer d’autres, écrans de voyages pour les changements de région, tout est masqué, encore une fois plutôt joliment et l’open world ne manque en rien.
Sur la partie donjon, nous sommes sur un entre-deux. Sans être des labyrinthes, ils proposent souvent des routes secondaires, des salles aux trésors cachés et sans être des couloirs, le cheminement est clair et direct vers le boss. Comme je l’écrivais plus haut, certains monstres pourront être gérés en mode action et la grande majorité pourra même être esquivée à l’instar d’un Elden Ring, quitte à prendre des baffes gratuites. Mais ce mode action est rébarbatif et on se rend compte au bout de plusieurs heures qu’il est mal fichu, surtout suivant la classe que vous incarnez pour les faire.
Côté dirigisme, le jeu prend la manette à de nombreux moments. On vous interdit certaines actions, certaines zones parfois de manière totalement arbitraire. Le scénario nous emmènera dans un tour du royaume, où chaque nouvelle étape prendra la forme de jours de voyages et donc de plusieurs dizaines de minutes sans avoir besoin de toucher à la manette (palme à la première étape avec 1h20 au compteur sans rien faire). Ajoutez à cela une course contre-la-montre majoritairement non-justifiée, des villages secondaires qui prennent la forme d’un simple fond d’écran et des donjons réussis mais étouffants et vous sentirez parfois le besoin de retourner en grand air. Pour apprécier Metaphor ReFantazio, il faut le déguster et non le gober.

Atlus continue de tutoyer l’excellence en 2024 après l’excellent Unicorn Overlord. On lui reprochera une certaine forme de claustrophobie engendrée par un environnement cloisonné et un planning à tenir. On le félicitera pour le sous texte (même s’ils auraient pu encore plus creuser), la direction artistique, l’originalité pourtant fortement inspirée de certains mangas et le grand retour des donjons dans un J-RPG. Une centaine d’heures au bas mot pour tout voir, tout faire le tout dans une vibe générale d’âge d’or du J-RPG qui en a aussi les défauts, notamment le côté couloir scénaristique et un certain manque de liberté. Pour apprécier Metaphor ReFantazio, il faut le déguster et non le gober.
















