TEST – Mosaic : quand la routine est plus effrayante que la fiction

Mosaic est  un jeu d’aventure réalisé par Krillbite et Raw Fury. Disponible sur Nintendo Switch, PC et  Xbox One, découvrez-en plus dans notre test ci-dessous.

MOSAIC

Développeur : Krillbite
Éditeur : Raw Fury
Support : Nintendo Switch, PCXbox One
Version pour le test : Nintendo Switch
Genre : Jeu d’aventure
Date de sortie :
23 janvier 2020 (5 décembre 2019 sur PC)

 

Mosaic


C’est lors de la conférence du PC Gaming  Show de l’E3 2019 que nous avons entendu parler de Mosaic pour la première fois. Lors de celle-ci, en plus de la mise à disposition d’un jeu mobile, BlipBlop, un jeu auquel le héros de Mosaic peut aussi jouer, on découvrait un court trailer du titre qui se présentait comme une « satire sociale ».  En effet, Mosaic est un jeu d’aventure sombre, surréaliste et plutôt oppressant qui dépeint l’isolement urbain et la peur de n’être qu’une pièce dans une machination beaucoup plus importante qui semble nous dépasser.


La vie est un long fleuve tranquille…


Dans Mosaic, la vie se présente comme une aventure monotone, solitaire et répétitive. Qui plus est, dans une ville surpeuplée, froide et en constante expansion… Le téléphone est votre seule distraction lorsque vous vous déplacez à travers des foules anonymes sur le chemin du travail. Dans cette mégacorporation, une autre longue journée parsemée d’heures supplémentaires vous attend. Ça donne envie, n’est-il pas ? 

Parce que tout le propos est bien là : Mosaic est un jeu sur la routine et l’ennui où la notion de métro-boulot-dodo n’a jamais été aussi bien décrite. Chaque nouveau jour qui commence est inexorablement le même que le précédent : votre personnage doit se lever, se brosser les dents et se rendre à son bureau situé dans une tour gigantesque et inhumaine. Le meilleur moment de la journée consiste certainement à lire les quelques informations quotidiennes, cyniques au possible, qui sont mises à disposition sur notre smartphone. Celles-ci collent parfaitement à l’ambiance du titre qui se veut à la fois contemporaine et dystopique, tout en nous donnant quelquefois à réfléchir  sur l’état du monde actuel tant elles font parfois écho à notre propre univers.

Bref. Vous l’aurez compris, la vie du héros de cette aventure est ennuyeuse au possible.  Mais on va vite se rendre compte que quelque chose cloche et que rien ne semble être ce qu’il parait


Je m’ennuie, tu t’ennuies, nous nous ennuyons

Mosaic propose un gameplay fort basique, que ce soit dans les moments de déplacement ou même dans les phases de gameplay plus actives comme la construction de jalons à livrer pour notre entreprise.  Même votre smartphone, qui a pourtant une grande place dans Mosaic, est très simpliste.

Ce dernier peut posséder jusqu’à cinq applications que vous obtiendrez tour à tour ou en scannant les différents QR-Codes que vous croiserez. La première d’entre-elles vous donne, comme dit plus tôt, des informations cyniques sur le monde qui vous entoure. La suivante est dédiée à votre compte en banque et nous présente nos dépenses et nos revenus. Alors qu’on se dit qu’il va falloir gérer tout ça, il n’en est rien. Une autre, dédiée aux rencontres virtuelles sert uniquement à parodier Tinder et n’a aucune conséquence. On trouve aussi BlipCoin qui nous permet d’investir dans une crypto-monnaie fictive… mais la valeur de cette dernière grimpe dès que l’on vend et dégringole dès que l’on achète. Enfin, on trouve également un jeu, BlipBlop (que vous pouvez d’ailleurs télécharger sur iOS ou Android pour y jouer aussi dans la vraie vie) qui est des plus simples : il suffit de cliquer sur un bouton pour obtenir un « blip » puis de dépenser une certaine somme de blips afin de débloquer des options permettant… d’obtenir plus de blips. La boucle est bouclée, et le joueur se trouve rapidement piégé dans un concept infini, vide de sens mais vraiment addictif. Et qui se révèlera fort utile lors des moments incroyablement long d’attentes du titre : dans l’ascenseur lorsque les personnes présentes détourneront leur regard du vôtre, quand vous traverserez le hall d’entrée avec ses millions de boîtes-aux-lettres, lorsque vous vous tiendrez à la barre du métro, lorsque vous emprunterez un escalator, … Bref, vous l’aurez compris : assez souvent, donc.

Mosaic

En attendant la délivrance que le joueur lui apportera inévitablement, notre personnage se noie (presque littéralement) dans le travail. Sa journée productive est symbolisée par un mini-jeu que l’on doit résoudre chaque jour. Dans celui-ci, on doit construire une tour à l’aide de points de ressources crachant des éléments bâtisseurs. Le principe aurait pu être intéressant, mais les développeurs ont volontairement limité la portée et le fun de l’expérience. Dommage, voilà une occasion ratée d’enrichir le gameplay de l’aventure.

On se contente donc d’avancer sur le chemin prévu par les développeurs, sans échappatoire possible, tout en cliquant ici ou là sur des interactions totalement inutiles et vides de sens... Jamais les développeurs n’osent sortir de leur crédo, qui consiste à simuler l’ennui du personnage principal… Quitte à ce que le joueur éprouve lui aussi ce sentiment. Autant le dire tout de suite, n’espérez pas de réelle variation ou de trop grande originalité dans ce que l’on sera amené à faire pour faire dévier notre quotidien d’un ennui notable. Cela implique donc une aventure fort linéaire totalement dénuée de rejouabilité, bien que je doute que l’on puisse souhaiter rejouer au titre après l’avoir terminé une première fois.  Au final, on ressort donc assez déçus de Mosaic, dont le fond ne se montre hélas pas à la hauteur de la forme.

Pourtant, le titre avait tout pour lui : une réalisation sobre mais classieuse, une bande son intéressante et quelques réelles bonnes idées dans la mise en scène de certaines situations de détresse et d’exclusion sociale ou professionnelle. Malheureusement, le message du jeu est trop grossier et brouillon pour que l’on se sente réellement concerné. Si la répétition est logique et bien rendue avec la scène du matin, les phases de travail sont vraiment ennuyeuses et très peu claires. Après, si le résultat attendu était un ennui profond, alors c’est parfaitement réussi !


Encore un matin, un matin pour rien…

Grisaille urbaine, néons froids et fine pluie donnent le ton de la direction artistique : contemporain et déprimant. Avec ses diverses nuances de gris,  le jeu développé par les Norvégiens de Krillbite Studio et édité par les Suédois de Raw Fury, Mosaic est clairement une aventure qui vient du froid ! Quelques touches de couleur viennent toutefois égayer le trajet de notre triste bonhomme, notamment lors des scènes surréalistes. Celles-ci, bien que cliché, sont bien réalisées. Il peut s’agir du soleil qui se lève, d’un chat perché sur un arbre, d’un papillon doré et virevoltant, ou encore d’un musicien de rue. Tous ces éléments apportent un peu de gaieté à notre avatar dont l’imagination s’emballe alors pendant quelques instants. Pour le joueur, c’est l’occasion de profiter de quelques cinématiques, parfois jouables, mais toujours plaisantes. Quid des dialogues ? Ils sont plutôt bien écrits, notamment les échanges entre un certain personnage (indice : il est rouge) et notre protagoniste. C’est d’ailleurs dommage que l’on ne retrouve pas vraiment de finesse dans nos choix avec lui et que l’on doive soit le suivre soit l’évacuer…

Mosaic

Ainsi, la dualité entre la routine quotidienne de notre travailleur et celui plus verdoyant du monde qui l’entoure est montrée sans réelle nuance, ni réelle empathie pour notre personnage. Pourtant, on ne peut que se sentir à part dans cet univers tant notre avatar semble différent des autres. La symbolique est forte et la dénonciation de l’uniformité de notre société est bien amenée la première fois que nous la rencontrons. En revanche, le faire systématiquement chaque jour que doit suivre notre personnage atténue fortement ce sentiment de révolte que le jeu attend de nous. Mosaic tenait un bon concept. Malheureusement, ça ne fait pas forcément un bon jeu.


Pour résumer,  Mosaic se présente comme une aventure caricaturale pas très originale et plutôt prévisible. Bien que l’idée de base n’était pas mauvaise (en tentant de nous faire prendre conscience que le train-train peut être encore plus effrayant que la fiction, qu’on est de plus en plus prisonnier de notre téléphone et que la vie ne se résume pas à son seul travail), la répétition et l’ennui constant nous empêche de nous sentir concerné ou même de ressentir toute la détresse de notre personnage. C’est dommage. Surtout quand on arrive à trouver le temps long alors que le jeu se boucle en à peine trois heures. Pourtant, les occasions d’introduire un peu plus de gameplay dans l’aventure ne manquent pas. Vraiment dommage. Mais attention, tout n’est pas à jeter dans le titre : la direction artistique ne manque pas de force, l’univers est tristement crédible, les quelques passages surréalistes ont de quoi séduire, certains plans sont mémorables et sa bande son discrète se montre souvent parfaite.  Au final, Mosaic aurait pu faire un très bon court métrage d’animation.


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Points forts

  • Une bonne idée de départ
  • Une direction artistique bien déprimante, qui colle parfaitement au titre
  • Les passages surréalistes, très beaux

Points faibles

  • Les passages surréalistes, trop courts et mal exploités
  • Un gameplay souvent ennuyeux
  • Un manque de finesse narrative
  • Une aventure trop courte (à peine 3 heures)
5

Average

Co-fondatrice de Try aGame, aventurière dans l'âme et héroïne de la prophétie à ses heures perdues, RedHo a sauvé notre monde 17 fois des forces du mal. La légende raconte qu'elle aurait un masque de Majora pour se téléporter à Hyrule. En attendant la prochaine menace, elle écrit pour Try aGame.

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