Profitant de notre présence lors des Roland Garros eSeries sur Tennis Clach, nous avons interviewé les 2 coachs : Marion Bartoli et Gilles Simon.
Comme nous l’expliquons dans notre article dédié, les huit finalistes étaient répartis en deux équipes, coachées par Marion Bartoli, (Wimbledon 2013), et Gilles Simon, ancien top 6 ATP pour obtenir leur place (en solo) dans un tableau à double élimination comme il est de coutume dans l’esport. Entre les 2 tableaux nous avons pu échanger avec ces coachs de renom. Et ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance d’interviewer des célébrités du sport mondial, alors deux en même temps !
TryAGame : Vous êtes tous deux des sommités du tennis mondial, mais comment avez-vous abordé la phase de coaching sur un jeu, de tennis certes, mais jeu vidéo tout de même ?
Marion Bartoli : On va gagner (rires).
Gilles Simon : Marion est très orientée victoire, elle est très très compétitrice.
Marion Bartoli :Trop peut-être mais je ne peux pas faire autrement, on a une équipe adverse donc forcément mon état d’esprit c’est de gagner. Après, ce que j’ai beaucoup aimé, c’est d’analyser les jeux des uns et des autres, comment certains jouaient surtout les comportements, les petits gestes qui trahissent une certaine nervosité chez certains et donc j’ai mon petit plan en tête pour cet après-midi.
Try aGame : Du coup, vous êtes plus sur l’aspect mental.
Gilles Simon : Beaucoup. C’est un jeu auquel j’ai beaucoup joué, donc je peux parler avec eux du jeu mais ils sont tous très fort, mais, et je l’avais déjà vu l’année dernière, il y a une gestion des émotions qu’ils n’ont pas forcément, car ils jouent d’habitude chez eux sans pression; Là, il y a un peu de monde, ils sont à Roland, il y en a qui ont le doigt qui tremble, c’est purement sur la gestion des émotions qu’on essaye de les aider.
TAG : Cet évènement vous donne des envies de reconversion ?
Marion Bartoli : Moi j’entraine déjà deux enfants à Dubaï 6 jours sur 7, 5h par jour donc c’est emploi à plein temps. Ils veulent faire du Tennis pro, ils ne sont pas Français mais Indiens et ils sont nés et ont grandi à Dubaï. C’est vraiment quelque chose qui me plait énormément parce que je trouve que la transmission à un jeune âge est quasiment plus intéressante que de prendre un ou une joueuse déjà accompli(e) qui a déjà beaucoup de points de repères, une certaine habitude de jouer, une certaine technique. Ce que je peux lui apporter est ainsi beaucoup plus restreint. Même si effectivement elle me demande, parce que je peux lui apporter quelques petits éléments, mais mon travail est beaucoup plus restreint alors que le scope dans sa globalité sur des jeunes est extrêmement intéressant puisque vous pouvez vraiment les façonner entre guillemets dans la manière dont vous voyez le tennis, donc ça c’est vraiment intéressant, ça fait entièrement partie de ma reconversion.
Gilles Simon : (A Marion) Qu’est ce que tu réponds bien à chaque fois (rires). Pour moi non, moi je continue de regarder mes enfants grandir, j’ai raté la moitié de leur vie jusqu’y a 3 ans en étant 6 ou 7 mois de l’année sur le circuit. J’ai pas envie pour l’instant de faire beaucoup plus donc ça limite aussi plein de choses que je pourrais faire, et je rejoins Marion sur le fait que former un joueur serait plus intéressant mais par contre, c’est du 6 jours sur 7.
TryAGame : On va pas vous retrouver en commentateur des RG eSeries dans 2 ou 3 ans ?
Gilles Simon : Je peux, car ça m’amuse et que je peux faire sur mon temps libre, mais en commentateur Tennis non, Marion le fait déjà très bien et elle n’a pas besoin de remplaçant.
TAG : Gilles, comme vous le disiez, vous avez passé pas mal de temps sur Tennis Clash, quel a été le principal écart que vous avez constaté sur les joueurs pro qu’on a ce jour ?
Gilles Simon : C’est des machines, j’ai joué vraiment contre eux l’année dernière, je n’ai pas été ridicule ! J’ai gagné 2 matchs, d’autres étaient accrochés, mais ils sont forts; ils jouent beaucoup et c’est comme tout, à un moment il faut s’entrainer énormément pour progresser. C’était déjà un bel effort d’essayer d’exister contre eux et qu’il y ait match et que ça discute mais pour les battre, il faudrait s’entraîner toute la journée. Je n’ai pas cette volonté là.
TAG : Du coup, impressionné parce que vous avez vu au niveau de la maîtrise des joueurs, de leur préparation, leur envie de gagner ?
Marion Bartoli : Totalement, et je discutais avec la joueuse indonésienne qui fait partie de mon équipe (ndr : Anyndia), et c’était très intéressant car elle s’échauffait en utilisant la machine à balles de Tennis Clash, et elle me disait qu’elle s’assurait de mettre la balle dans le terrain car avec le stress, le mouvement peut être différent et c’est vrai que ça correspond tout à fait à ce qu’on fait sur un match de tennis. On va s’échauffer le matin pour s’assurer que les sensations, le timing, que la longueur de balle sont présents, finalement on retrouve beaucoup de similitudes. De mon côté, j’ai testé le jeu, et je vous avoue qu’étant assez impatiente (rires) et surtout ayant l’immense défaut de détester rater, ça m’exaspère à un point infini, je ne sais pas si c’est trop de manucure ou les ongles trop longs mais ça n’allait pas où je voulais et ça m’a frustré et je me suis dit que j’allais rester dans le coaching (rires).
TAG : Selon vous, est-ce que ce format de tournoi à double élimination serait envisageable dans le sport ?
Gilles Simon : Dans notre sport (tennis), c’est élimination directe. Même les Masters en fin d’année, quand il y en a un qui gagne, mais qui a perdu en poules, ça fait bizarre.
Marion Bartoli : Ce n’est pas la même signification.
Gilles Simon : On a un sport qui est très dur et très sévère là-dessus, c’est élimination directe, sachant qu’en plus on voyage et on va au bout du monde. On peut aller en Australie, jouer un match, perdre, rentrer. Ce n’est pas un côté agréable mais on a été habitué à ce truc là. Il y a eu la question du lucky loser (ndr : un repêché des qualifications) dont on pourrait discuter, mais à chaque fois que les directeurs de tournoi ont essayé de repêcher des joueurs, on dit non. Pour nous c’est très très compliqué, dans d’autres sports peut-être. En tennis…
Marion Bartoli : …c’est couperet
Gilles Simon : C’est brutal mais c’est comme ça, c’est à élimination directe.
Marion Bartoli : C’est aussi ce qui en fait la beauté du succès quand on y arrive.
TAG : Oui et puis j’imagine que ça doit faire partie de vos sources de motivation.
Gilles Simon : Oui mais l’autre il a la même (rires). Non mais c’est brutal, on est un sport de loser, c’est ce qu’on dit toujours, y en a 128 qui vont jouer, 127 qui vont perdre et c’est comme ça chaque semaine. Moi j’ai gagné 14 tournois dans ma carrière, c’est pas mal, ça peut être mieux, ça peut être pire, mais 14 tournois ça fait un par an, ça veut dire que tous les autres tu rentres à la maison, tu as perdu. C’est pour ça qu’une victoire, quel que soit le tournoi, sans avoir perdu, c’est un sentiment particulier, et encore plus particulier de par toutes ces défaites brutales. Je pense que tous les joueurs préfèrent ça, on a été habitué à ça. On perd beaucoup depuis petit, il faut se familiariser avec la défaite parce que c’est comme ça. Chaque semaine on rentre à la maison, on a perdu.
TAG : Présenté comme ça, c’est un peu triste.
Marion Bartoli : Y en a qui perdent moins que d’autres.
Gilles Simon : Alors des fois il y a des victoires au milieu, et parfois on fait de belles semaines, c’est pour ça que la victoire au bout, ce n’est pas pareil. Un quart, une demie, oui c’est une belle semaine, mais le dernier match quand tu rentres, il est perdu, ça finit souvent sur une défaite. C’est une réalité qu’il ne faut pas oublier.
Marion Bartoli : Je pense que c’est pour ça aussi qu’on arrive à apprécier ce qu’ont réussi à faire Roger, Rafa, Novak, après tant d’années, car on sait à quel point c’est d’une difficulté immense de réaliser une saison comme ils ont réussi à faire mais d’en faire 20, c’est quasiment surhumain. On a une admiration pour eux trois, effectivement parce qu’on a été sur un terrain de tennis et on sait ce que ça représente. Et il y a des années où Roger faisait 4 défaites par an et Novak pareil.
Gilles Simon : Et quand tu te confrontes directement à eux, ce qui était mon cas, quand il perd un match, tout le monde est triste pour lui.
Marion Bartoli : (rires) Oui exactement !
Gilles Simon : Les gens viennent te voir en te disant : » oh le pauvre il a perdu. » Et tu me dis ça à moi qui perd chaque semaine. Il a perdu 4 matchs, bien fait pour lui !
Marion Bartoli : (rires) On avait Serena qui gagnait 3 Grands Chelems par an, pour en gagner un, c’était pas facile.
Gilles Simon : Quand Novak a perdu sa finale à Roland : « Oh le pauvre c’est le dernier qui lui manque ! » Oh le pauvre ? Tu me dis ça à moi. Il a gâché ma carrière, il m’a battu 15 fois ! Et toi on te dit « oui mais toi tu as l’habitude de perdre ». Ah ben merci !
TAG : Et comme on parle de gagnant, vous avez un pronostic pour le tournoi eSeries ?
Gilles Simon : On a un joueur qui est arrivé ce matin avec une énergie, il a l’air super content d’être là, Il joue super bien. Et c’est ce qu’on voit aussi sur le circuit, des joueurs qu’on voit un peu déprimés à l’entrainement, dès qu’ils ratent deux coups, on se dit lui il va pas fort. Et là on en a un qui cartonne, qui a l’air de bonne humeur.
Marion Bartoli : Oui d’ailleurs il faut qu’on fasse un point tactique sur lui.
NDR : ils faisaient référence à Sasmis qui a effectivement remporté le tournoi.
TAG : On a une question rituelle pour terminer les interviews. A quelle question, qu’on ne vous a jamais posée, vous avez toujours rêvé de répondre ?
Gilles Simon : J’en ai trop eu, je n’en ai pas. Et puis j’aime pas les questions, donc il n’y a pas de questions que j’aurais aimé avoir. (rires)
Marion Bartoli : (rires) Dans les sources d’inspirations que vous avez eu, quelle est la personne qui vous a inspiré le plus pour faire le sport que vous faites aujourd’hui ?
TAG : Du coup la réponse ?
Marion Bartoli : Du coup la réponse. J’en ai eu 2. J’ai grandi dans la fin des années 80, donc l’accès aux sports internationaux et particulièrement sports américains était extrêmement compliqué. Et donc les rares fois où je pouvais voir Michael Jordan évoluer dans son sport, c’était des moments précieux et rares. Et je me rappelle très bien être devant un match des Bulls où je me dis, « je veux faire un truc un jour où les gens vont être comme ça devant moi ». Et j’ai vraiment eu ce flash. Et au même moment, se joue à Lyon la finale de Coupe Davis entre la France et les USA, et étant une fan absolue de Pete Sampras, je voulais absolument y aller. Et j’ai été marquée par l’énergie qu’il y avait dans cette salle, car le niveau de jeu, quand vous êtes enfant, vous ne vous en rendez pas compte. J’ai été marquée par l’ambiance, les drapeaux français, la Marseillaise, Yannick Noah, le décor était tellement gigantesque, surtout avec des yeux d’enfants. Aujourd’hui je vais au Stade Gerland et j’ai l’impression que c’est minuscule, mais quand tu as 7 ou 8 ans, ça te parait gigantesque. Et les deux de manière intriquée, je me suis dit, il faut que je fasse du sport de haut niveau, et ça a été le déclencheur.
TAG : Pas déçue quand vous avez été sur le terrain ?
Marion Bartoli : Pas déçue du tout. Après quand tu te retrouves au départ au fin fond de l’Ouzbékistan… mais bon il faut passer par là.
TAG : Et bien merci beaucoup à vous deux.
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