Nacon aime beaucoup l’univers de H.P Lovecraft. Puisqu’en plus de ce Cthulhu The Cosmic Abyss, nous aurons aussi droit à The Mound Omen of Cthulhu qui n’a pas encore de date de sortie officielle et qui permettra de jouer en coop en ligne pour explorer une île après le naufrage d’un galion au XVe ou XVIe siècle.
Mais autre époque autre ambiance, car pour une fois c’est bien dans un futur proche qu’on nous invite à enquêter sur une disparition et un lien qui semble se faire avec une plateforme de forage sous-marine.
Les mondes engloutis
C’est presque par une référence à Sinking City (autre jeu Cthulhu) que Cthulhu The Cosmic Abyss débute : un ouragan, des inondations bibliques et une scientifique qui ne donne plus de signes de vie depuis des semaines. Vous êtes envoyés, en tant que membre de l’Ancile, avec un collègue pour retrouver la disparue. Vous allez vite comprendre qu’elle a joyeusement pété une durite mais qu’elle a réussi à ouvrir un portail vers une autre dimension, ou un autre lieu de l’espace avant de faire un saut en avant de 8 mois pour creuser les indices que vous avez découvert.
Il faut dire que nous sommes en 2053 et que l’occulte n’est plus vraiment une théorie du complot tant les forces obscures tendent à sortir à la lumière. Les ressources se font encore plus rares après une opération spéciale américaine, et vos indices creusés vont vous demander d’aller encore plus profondément dans une base sous-marine abandonnée depuis peu, car en zone instable.
Le temps de se dire que les études d’impact et de risques, c’est pas fait pour les crabes, et nous voilà envoyé seul (encore un cliché) dans les grands fonds. Seul ? Moyennement puisque vous êtes relié constamment à votre IA qui distillera informations et conseils tout en tenant d’amoindrir les effets des grands anciens. Et ce ne sera pas divulgâcher (puisque le pitch du jeu et un compte-rendu trouvé à votre arrivée à la station en font mention) que de dire que tout cela nous mènera à R’lyeh qu’on nous a promis comme étant une prison labyrinthique, une cité aux dimensions cyclopéennes. Et pour les moins Lovecraftiens d’entre vous, sachez qu’il s’agit bien de la cité engloutie où « Cthulhu rêve et attend ».
Cthulhu, un récit SF
Et bien oui, car quand on parle de dieux anciens venus de l’espace, on parle un peu de SF, même si la grande majorité des récits et jeux tournant autour de cet univers parlent surtout de santé mentale et de magie. Cet ancrage dans ce futur pas si lointain va permettre trois choses pour la narration et le gameplay.
Tout d’abord, inscrire le protagoniste dans un univers pour lequel l’occultisme et les mythes des grands anciens ne sont pas des affabulations ou une découverte complète. Ensuite elle permet de prendre place dans des lieux clairement inaccessibles autrement. Enfin elle donne la possibilité de mettre une technologie qu’on accepte plus facilement à base de scanners et de compagnon IA devant nous apporter un support.
Une IA qui, étonnement, ne vient pas nous asséner des lieux communs ni nous spoiler toutes les 20 secondes (Death Stranding 2, Horizon, God of War, Zelda, on pense à vous fort). Mais un IA qu’on a tellement humanisé qu’elle fait preuve d’un émerveillement qu’on imagine mal aller de paire avec sa fonction d’IA d’une agence à priori gouvernementale sur les forces occultes. Au mois elle ne fait pas des blagues à papa.
Cthulhu 2077 2053
Le scanner sera le centre du gameplay d’autant qu’il est couplé avec un tableau virtuel de lien (vous savez le fameux tableau en liège avec des fils qui relient photos et autres documents dans toutes œuvres filmées d’enquête). On trouve un indice, on l’analyse et il se retrouve dans le tableau, et on peut le relier aux autres, le mettre en surbrillance et quand une question se pose, le déplacer dans la question pour y répondre.
Si répondre à ces questions donne un bonus, d’autres indices apparaitront et confirmeront la réponse et donc votre piste, il ne sera en rien nécessaire de relier les éléments entre eux. A noter que plusieurs vues sont disponibles pour être plus lisible selon votre organisation personnelle.
Scanner permettra donc d’analyser et de pouvoir tracer l’élément collecté. Le sonar couplé pourra donc vous dire où se trouve un élément de la même famille. Et là où on sort un peu de la suspension consentie d’incrédulité, c’est qu’en plus de pouvoir pister des matières ou éléments : basalte, roche, mucus, hélium, etc., on pourra aussi pister des ordinateurs, des badges, des dictaphones ou des documents papiers à travers les murs. Mais comme certaines environnements peuvent être assez détaillés ou mal éclairés (à dessein) et que la précision à la manette est toujours limitée c’est un excès qu’on accueille avec plaisir. On pourra aussi, et surtout, demander de pister un ensemble d’éléments pour trouver un objet aux particularités uniques.
Mais l’analyse n’est pas gratuite. Elle vous coutera en énergie qui ne sera rechargeable qu’en absorbant un mucus bénéfique qu’il faudra trouver sous peine de devoir dépenser des points de santé mental et tomber dans la corruption.
Enfin pour être complet, vous trouverez un autre mucus qui augmentera votre maximum d’énergie et des pouvoirs boostant votre sonar (durée plus longue, rechargement plus rapide, gain d’énergie en cas d’indice trouvé,…).
Mais la narration dans tout ça ?
Et oui je te vois venir jeune impatient(e). Ce qui compte dans ce genre de jeu et surtout avec cette licence lovecraftienne, c’est : quelle est l’ambiance ? Est-ce que ça fait peur? Et bien ça va dépendre en partie de comment tu joues jeune impatient(e).
Le jeu est organisé en chapitres, chacun prenant place dans un lieu distinct contenant ses propres objets et indices, ce qui signifie qu’une fois le chapitre terminé, le tableau des indices est vidé. Et chaque chapitre peut être résolu de 2 manières. Soit vous optez pour la méthode Cthulienne et vous augmentez rapidement votre corruption, soit pour le combat des forces obscures et dans ce cas la corruption augmentera avec modération. Ces 2 voies ne sont pas explicitement annoncées, ce qui est à la fois un avantage et son contraire. D’un côté on ne vous livre pas la narration sur un plateau, d’un autre côté on ne sait pas forcément si nos actions sont liées entre elles même si on a de gros indices.
Ainsi dans le chapitre 2 (le premier étant une introduction-tuto), on comprend qu’on va devoir reconstituer un artefact et remettre en route un système de pompage. Si on se doute que réparer un artefact d’un dieu ancien est plutôt mauvais, on ne s’en rendra compte qu’une fois le chemin entamé en ayant potentiellement cramé quelques points de corruption et sans savoir que jouer au plombier consiste en l’autre voie. C’est là où les indices et leur tableau sauront être utiles.
En général, si ça touche à des trucs sales ou de l’occultisme, c’est pas la meilleure des voies pour votre bien être et celui de l’humanité.
C’est cette dualité dans la résolution qui va rendre le jeu moins linéaire. Moins ? Oui car à moins de refaire le jeu pour la voie non explorée, l’aventure est assez vas-y tout droit. Oui vous ferez moult allers retours dans un même chapitre pour comprendre et trouver votre chemin, et vous tournerez en rond dans certains labyrinthes mais n’ayant pas la possibilité de revenir dans un lieu d’un chapitre précédent, le jeu se ferme assez.
Reste la question de l’angoisse, de la peur. Cthulhu The Cosmic Abyss propose une atmosphère lourde. Sur nos gardes, en attente du premier jumpscare, on va en mode tout droit à partir du moment où l’on comprend que nous sommes dans un jeu d’énigmes narratif et pas dans un jeu d’horreur. L’ambiance Cthulhienne est bien présente, le lore est respecté mais si vous aimez vous faire peur et sans spoiler, disons que Death Stranding 2 m’a causé plus d’angoisses.
La touche finale
On va parler un peu technique très rapidement, testé sur PS5, le jeu tourne bien MAIS durant le chapitre 3 un grésillement sonore c’est fait entendre débouchant sur un crash du jeu. Ce qui n’aurait pas été plus gênant que cela si le système de sauvegarde n’était pas famélique. 2 heures de jeu à refaire, car Cthulhu The Cosmic Abyss ne permet pas de sauvegarder à loisir, ni à certains moments, entièrement tributaire du jeu pour cet aspect là, ça fait mal ! Et une partie = une sauvegarde. Là ou c’est devenu plus contraignant, c’est quand le plantage est survenu à 10 mins de la fin du jeu et qu’il a corrompu la sauvegarde. Obligé de tout recommencer, quitte à le refaire, partons en option « complète corruption ». Pas de bol le chapitre 3 décide de refaire des siennes durant la cinématique qui devait m’emmener au chapitre 4. On relance le jeu pour découvrir qu’il faut refaire une partie du chapitre 2 puisque le jeu n’a rien sauvegardé depuis.
Alors oui il y aura un patch qui va soigner tout ça, mais nous on teste le présent et pas un futur hypothétique.
Hormis ce point, l’ergonomie est étrange, du moins dans les premières heures : ramasser, ranger, sortir un objet est un peu contraignant. Idem sur le tableau des indices, surtout quand le jeu vous colle les nouveaux indices à des kilomètres des précédents et quand vous jouez à la manette car PS5. Lancer un des rares dialogues bloque les actions, vous pouvez bouger, sauter mais plus interagir.
Enfin l’inventaire limité à 4 objets peut être un peu énervant, surtout au début d’un chapitre quand on ne sait pas trop quel objet va nous servir et qu’on tente de remplir les poches pour éviter les allers-retours.
Cthulhu The Cosmic Abyss était une belle promesse, avec un trailer intéressant pour tout fan de Cthulhu. Une narration nous emmenant à R’Lyeh, comme votre papi vous emmenait en balade quand vous étiez môme (et si ce n’est pas le cas, vous comprenez la métaphore). Du moins avant que Papi ne décide de recommencer la balade en court de route. Il en reste un jeu d’énigmes aux bugs bloquants à ce stade. Dommage !
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