[Edito] Mass Effect Legendary Edition vire ses plans cucul

Mass Effect Legendary Edition Miranda Lawson fesses

C’est un fait : le corps des femmes dans le jeu vidéo fait parler, parfois bien plus que le jeu en lui-même. Et après les seins de Tifa et les biceps d’Abby (*soupir*), c’est aujourd’hui au tour du cul de Miranda d’animer les discussions.

Mass Effect Legendary Edition (prévu pour mai) est une excellente nouvelle pour plusieurs raisons : cette réédition des trois premiers Mass Effect permettra en effet aux fans de se replonger dans la trilogie Shepard avec une mise à niveau visuelle, tout en séduisant peut-être de nouvelles joueuses et de nouveaux joueurs. Parmi les changements apportés, d’ailleurs, certains sont déjà discutés, à l’instar de l’arrivée de Sovereign dans ME1 qui semble désormais se dérouler sous un joli ciel de printemps (au lieu du ciel rouge-orageux original). Jugez par vous-mêmes :

Mais s’il y a une critique que l’on ne voyait pas venir, c’est bien celle portant sur le postérieur de Miranda. Ce compagnon disponible dans Mass Effect 2, à l’époque, avait fait osciller les joueurs et les joueuses entre rire et consternation à cause de ces plans répétés sur ses fesses qui tranchaient avec la tension dramatique de certains dialogues. Exemples via le compte Twitter de jeuvideo.com :

Comme l’indique le tweet ci-dessus, les développeurs de BioWare chargés de la Legendary Edition en ont profité pour mettre à jour ces plans sans grand intérêt scénaristique, n’en déplaise aux détracteurs de ce choix qui vont parfois jusqu’à invoquer le « développement de personnage » pour défendre des plans aussi ridicules que hors de propos dans leurs contextes. Comme dit en début de cet article, le corps des femmes est hélas un sujet de choix quand il s’agit de polémiquer. Et là où une partie des joueuses et des joueurs saluent un choix artistique qui permet au jeu de se recentrer sur le propos des scènes concernées (et donc véritablement sur le développement du personnage), une autre hurle évidemment à la censure et à l’aseptisation dès que le corps des femmes fait l’objet de questions pourtant légitimes.

Cet article, rappelons-le, étant un édito dont l’objectif est de poser une opinion tranchée, n’y allons pas par quatre chemin : de censure, dans ce choix de BioWare, il n’y a point. Et concernant l’aseptisation, celle-ci n’est-elle finalement pas plutôt du côté de ces choix de production réchauffés qui proposent systématiquement les mêmes codes depuis des années pour plaire à un certain public masculin frétillant au moindre bout de fesse ? Ce choix de modifier des angles de caméra inutilement collés au popotin de Miranda est au contraire une manière de remettre le personnage au premier plan, en focalisant le joueur et la joueuse sur l’intrigue tout en soutenant la tension dramatique du contexte. Les « plans-fesses » initiaux, ne l’oublions pas, provoquaient bien plus l’hilarité ou l’atterrement que la mise en lumière du thème de l’eugénisme censé être au centre du personnage de Miranda Lawson.

Car le personnage, en effet, est le pur produit eugéniste d’un milliardaire obsédé par la pureté de son héritage. A un point, d’ailleurs, que Miranda et sa sœur n’ont été créées qu’à partir des gènes de leur « père ». Concrètement, ce sont des clones génétiquement modifiées de leur géniteur, ce qui vous donne une idée de la mégalomanie de celui-ci. Le thème est ici extrêmement intéressant car renvoyant à des fascinations morbides qui animent certains courants de pensée extrémistes et qui permet aussi de se poser des questions sur une potentielle « noblesse moderne », obsédée par la pureté de son lignage comme l’était la noblesse d’une autre époque. Des sujets qui résonnent avec l’actualité, en somme, et qui auraient mérité d’être développés et représentés par des moyens bien plus élaborés qu’une paire de fesses cadrée en gros plan.

Et qu’on ne se méprenne pas sur un point : le sujet du débat, ici, n’est pas le physique de Miranda qui colle effectivement à un certain canon de beauté jugé comme « parfait » dans le contexte du jeu (bien qu’il serait possible de disserter sur le recours facile aux corps normés dans certains jeux, mais cela est un autre sujet). Le problème soulevé, dans le cas qui nous intéresse, est bel et bien le choix de mise en scène. Qu’un personnage comme Miranda soit sexy n’est donc pas problématique en soi. Le sexy, en lui-même, n’est d’ailleurs pas problématique tout court. Son traitement et la volonté qui est présente derrière, toutefois, doivent poser des questions car elles véhiculent un message. Qu’une mise en scène se focalise sur le derrière ou les muscles d’un personnage en pleine scène romantique (Dragon Age, Mass Effect, The Witcher) ou pendant l’action (Gears of War), pour ne citer que ces exemples, cela est parfaitement pertinent. La mise en scène est alors cohérente avec le contexte. Mais lorsqu’il s’agit de dérouler le passif dramatique d’un personnage comme Miranda qui raconte à votre héros/héroïne à quel point elle déteste son père et son propre corps, et que le jeu cadre les trois quarts de l’écran sur son cul, il y a clairement une dissonance entre le fond et la forme.

Et c’est pour cela que ce choix de mettre à jour certains choix de caméra est pertinent. Sans toucher à un seul cheveu du personnage de Miranda Lawson, la Legendary Edition de Mass Effect pourra à nouveau remettre certains propos à la place qui est la leur. C’est d’ailleurs l’avis des créateurs de la licence, à en juger par Devon Smith qui est l’un d’entre eux :

Traduction :

« J’ai travaillé sur ces jeux. Les plans qui sont en train d’être changés étaient débiles à l’époque. Ils ne soulignaient pas le côté « femme fatale », ne collaient pas à la conversation, et rendaient comique un moment censé être dramatique. Ce n’est pas de la censure, c’est Mac lui-même [Mac Walters, directeur de projet sur la Legendary Edition et qui a fait partie de l’équipe de la trilogie originale, ndlr] qui a écrit tout ça. »

 

Le choix actuel de ces développeurs ne portant que sur la meilleure manière de souligner l’histoire racontée durant ces scènes pour mieux servir l’ambiance et les personnages concernés, le débat n’a ainsi pas lieu d’être. Et résumer cette discussion à de la censure n’a aucun sens : il n’est pas question ici de modifier le modèle 3D du personnage, sa tenue, ou quoi que ce soit d’autre en lien avec Miranda elle-même. Le traitement d’un tel personnage, au contraire, méritait un bien meilleur traitement. Et à défaut d’avoir des modifications d’écriture permettant d’approfondir les thématiques qui lui sont attachées, ces quelques changements de vue caméra auront au moins le mérite de respecter les intentions originales de l’œuvre et de ses créateurs. Avec plus de logique et de bon sens que dans les justifications bancales de Casey Hudson (qui était chef de projet sur ME2) à ce sujet en 2010.

« Cela fait partie de son chara-design, c’est une femme fatale. Cela fait partie du personnage, et le fait qu’elle soit belle ainsi que cette beauté en elle-même font partie de ses outils. Au fur et à mesure que vous ferez sa connaissance, vous réaliserez qu’elle est bien plus que ça. »

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