[Critique] March Comes In Like A Lion : l’ode à la vie de Chica Umino (tomes 6 – 8)

March Comes In Like A Lion Chica Umino critique tomes 6 7 8

Après notre critique des 5 premiers tomes de March Comes In Like A Lion, nous continuons avec les tomes 6, 7 et 8. Au programme : des histoires humaines, toujours aussi touchantes et élégamment écrites.

Après 5 premiers tomes traitant de thèmes divers tels que les relations toxiques ou la dépression, March Comes In Like A Lion introduit de nouveaux sujets sensibles à partir du tome 6. Parmi ceux-là, on notera plus particulièrement le long passage sur le harcèlement scolaire subi par Hina, la benjamine des trois soeurs Kawamoto. Mais les jeunes protagonistes ne seront pas les seuls à occuper le devant de la scène dans ces trois tomes, leurs aînés ayant également des épaules chargées d’enseignements à donner à travers leurs propres questionnements.

• Type d’ouvrage : manga de type « tranche de vie »
• Thèmes principaux abordés : shôgi, dépression, famille, harcèlement, entraide, amitié, questions existentielles
• Public(s) : adolescents, adultes
• Maison d’édition : Kana (collection Big Kana)
• Auteurs : Chica Umino (traduction française par Misato Raillard)
• Mentions utiles : ouvrages mis à disposition par les Éditions Kana pour cet article (non-sponsorisé)

 

– Pour accéder à notre critique des tomes précédent, cliquez ici –

Great Teacher Umino Chica

La fin du tome 5 abordait déjà le sujet avec une Hinata certes abattue mais dont l’esprit bouillonnait malgré tout de mille colères, et c’est dans le tome 6 que March Comes In Like A Lion met les deux pieds dans le plat d’un sujet déjà très sensible chez nous mais qui l’est encore plus au Japon : le harcèlement scolaire. D’autres mangaka avaient déjà choisi de mettre leurs crayons au service de la dénonciation d’un système scolaire qui écrase et étouffe les élèves sous le poids des attentes du monde adulte, à l’instar de Tôru Fujisawa (auteur de GTO). Ici, cependant, point de flamboyant Eikichi Onizuka qui démolit des murs pour rétablir du lien familial ou castagne des Yakuzas pour sauver une élève. Chica Umino, fidèle à son style, continue d’aborder les thématiques de son manga avec une approche terre-à-terre et vraisemblablement appuyée par des recherches personnelles.

L’artiste derrière March Comes In Like A Lion raconte ainsi progressivement, et toujours avec justesse, les origines et l’évolution de la situation vécue par Hinata au sein de sa classe de collège. Sakura, son amie d’enfance, a en effet du quitter l’école à cause de violences morales de la part de certaines camarades et qui ont eu pour conséquences de l’affaiblir psychologiquement. Seule contre tous, bravant l’omerta de ce genre de situation, Hinata l’avait défendue corps et âme afin de la protéger. Hélas, non seulement le courage de la jeune fille n’a pu éviter le départ de son amie, mais cet acte de résistance lui a valu d’être placé dans le rôle de la nouvelle victime. Malgré cela, Hinata résiste. Et on ne peut que rester ébahi devant cette puissante demie-page présente à la fin du tome 5, dans laquelle Hinata pleure à cause de la situation bien qu’en restant ferme sur ses convictions.

March Comes In Like A Lion Big Kana Chica Umino Harcèlement scolaire

Ce qui est intéressant, dans la manière dont Chica Umino traite le sujet, c’est que celle-ci ne se contente pas d’un seul point de vue. Si la protagoniste de cet arc narratif est clairement Hinata, les autres personnages qui gravitent autour font l’objet d’un développement bienvenu de leurs opinions et de leurs motivations. C’est ainsi que l’autrice ne tombe pas dans le panneau de l’opposition entre les gentils et les méchants en présentant chaque camp de manière monochromatique. Si les victimes ne sont évidemment pas blâmées pour ce qu’elles sont, Chica Umino fait le choix de comprendre ce qui se passe du côté des harceleurs, mais aussi de ceux qui se taisent et des enseignants (autant ceux qui se battent encore que ceux qui ont abandonné depuis longtemps). Comprendre sans cautionner, telle est la ligne directrice de cet arc qui prend le soin et le temps d’exposer les enjeux qui se déroulent dans chaque camp. En tendant la main au lecteur afin de l’amener à la même hauteur qu’elle a décidé d’adopter elle-même, Chica Umino nous décrit un contexte-type qui nous aide à mieux répondre à certaines questions liées au harcèlement scolaire : « pourquoi certains profs ne font rien ? », « pourquoi certains élèves deviennent des bourreaux ? », « que peut-on faire ? », etc.

L’idylle de Rei

Et là encore, à l’image des précédents sujets traités dans les premiers tomes de March Comes In Like A Lion, l’autrice refuse de se poser en donneuse de leçons et nous fait comprendre qu’elle nous propose des idées qu’il nous appartient de discuter et de comparer avec d’autres. Certains de ses personnages ne disent d’ailleurs très clairement, en expliquant que la nature du harcèlement scolaire possède tellement de visages et d’origines, qu’il est impossible d’établir une méthodologie unique. Et à travers le portrait d’un enseignant qui résiste et de sa collègue qui cède malgré elle au burn-out, March Comes In Like A Lion nous déroule son humble solution au contexte donné, tout en suivant le parcours extra-scolaire du soutien qui s’organise autour de la jeune Hinata, un soutien vital de la part de ses proches et qui l’empêche de sombrer.

Cet arc sur le harcèlement scolaire, même s’il se centre sur Hinata, est également l’occasion pour Chica Umino de créer une situation propice à l’évolution du héros principal : Rei, dans lequel se retrouveront bon nombre de lecteurs et lectrices ayant déjà fait face à la détresse d’un proche. Rei, qui a pu bénéficier de toute la bienveillance des trois soeurs Kawamoto, est pleine effervescence à l’idée de pouvoir leur rendre la pareille. Seulement, un problème se pose : que faire dans cette situation quand on est un adolescent qui s’est toujours isolé des autres écoliers et qui est en dépression depuis des années suite à une situation familiale tour à tour tragique et toxique ? Et à ce sentiment de devoir rendre la pareille à la famille Kawamoto se rajoute un investissement personnel provoqué par le rapport de la situation actuelle avec son propre passé. Pour Rei, orphelin qui s’est toujours considéré comme un parasite au sein de sa famille d’accueil et qui a toujours été mis à part par ses camarades de classe, la vision d’une Hinata qui s’est battue contre la totalité de sa classe pour affirmer le droit au respect et à l’existence de son amie fait l’effet d’un catharsis explosif.

Un catharsis qui se veut ainsi une étape supplémentaire dans l’évolution de la dépression du héros. Les mots rageurs de la jeune fille, en effet, pourraient tout à fait s’adresser à lui. Car Hinata n’en démord pas : elle n’a rien de fait de mal et tendre la main à son amie était une chose normale qu’elle referait sans hésiter malgré le harcèlement qui lui tombe dessus à son tour. Cette main, tendue par Hinata à une camarade sensible et totalement exposée à la méchanceté de certains, traverse ainsi le temps pour atteindre le cœur de ce jeune Rei solitaire qui s’isolait pour lire des livres sur le shôgi et qui sombrait déjà dans le mal-être à un si jeune âge. Sans s’en rendre compte, Hinata grave à jamais en lui des paroles que l’on pourrait résumer ainsi : « tu n’as rien fait de mal, tu étais juste une victime, et quelqu’un aurait du te tendre la main. » Un sentiment puissant qui marque un moment-charnière dans l’histoire de March Comes In Like A Lion, et que nous aurons l’occasion d’aborder lors d’un prochain article traitant des tomes plus avancés. Ce passage précis de l’histoire éveille, pour ne citer que cette conséquence, éveille un sentiment dormant chez le jeune homme : l’envie active de prendre soin de ceux qui lui sont chers.

Le shôgi à la sauce Sôya

Si le harcèlement scolaire subi par Hinata court sur les trois tomes que nous vous présentons ici, il ne s’agit pas pour autant du seul thème abordé. Au fil de l’histoire, Rei réussit à obtenir un prix qui lui donne l’accès à un match privilégié avec le Meijin (le plus haut rang des joueurs de shôgi) : Sôya. Figure publique pure et immaculée, le Meijin Sôya est un personnage énigmatique dont on entend parler de temps en temps au fur et à mesure de l’histoire. Très discret et parlant peu, son apparence humble et effacée fait beaucoup penser à une version adulte et angélique de Rei. Cette rencontre, et la courte période qui lui succède, sont l’occasion pour le manga de lever un peu le voile du mystère qui repose sur cette figure à la fois effacée mais dont il émane un étrange charisme. La ressemblance avec Rei ne se limite d’ailleurs pas au physique, car c’est un véritable dialogue silencieux qui s’établit naturellement entre le maître et le jeune homme au cours d’un match à la fois élégant et passionnant.

En parallèle, c’est un autre tournoi de shôgi qui se prépare : le tournoi Kishô, qui oppose le plus vieux joueur de shôgi au 8ème dan Shimada. Simple rencontre entre deux personnages secondaires de prime abord, ce passage est – entre autres – l’occasion pour l’autrice de faire baisser la tension des intrigues précédentes avec des gags à se tordre de rire, spécialement quand vient le moment de créer le design des posters de la rencontre avec la tête de ces deux participants dont le visage ne respire ni la jeunesse ni une éclatante santé. En marge de ces intermèdes humoristiques, cet arc pose le sujet de la durabilité des rêves face au temps qui s’écoule et de certains questionnement qui surviennent lorsque l’on atteint l’hiver de sa vie. A travers Yanagihara, 66 ans et détenteur du titre de Kishô depuis des années, on assiste à la solitude d’un homme et aux responsabilités accumulées depuis des décennies. Dernier de ses amis à avoir résisté aux affres de la compétition et de la vie active et qui a continué d’avancer jusqu’à atteindre son haut rang actuel, Yanagihara est le vaisseau de ces émotions que l’on ressent lorsque les gens qui nous entourent abandonnent le même rêve et le font reposer sur les épaules de ceux qui restent. Un poids accumulé de responsabilités qui devient écrasante pour le vieil homme qui, malgré tout, n’abandonne pas et continue de lutter.

Une lutte qui a également pour but de repousser le plus loin possible un moment redouté par certaines personnes actives depuis longtemps : la retraite. « Que me reste-t-il si on me retire mon travail ? » est la douloureuse question posée par Yanagihara et son vieil ami récemment licencié par son entreprise. Un thème que l’on regrette de ne pas voir exploité plus en profondeur, mais qui a le mérite de poser la question du rapport au travail (encore plus au Japon, où le temps de travail hebdomadaire moyen est très long et a de lourdes conséquences sur la vie personnelle), bien que l’avis de l’autrice derrière ce mini-arc scénaristique reste flou (volontairement ?).

Les tomes 6, 7 et 8 de March Comes In Like A Lion ne déçoivent pas. A l’image des cinq premiers tomes, le manga traite de sujets plus ou moins sensibles avec une douceur et une justesse étonnantes, appuyées par le talent de l’autrice qui maîtrise les émotions humaines à la pointe de son crayon. S’il n’existe – hélas – pas de cure miracle contre la dépression et les autres tribulations de la vie, March Comes In Like A Lion constitue néanmoins un véritable rayon de soleil qui réchauffe le coeur. A l’instar des premiers tomes, les trois dont il est question ici réussissent à nous faire passer du rire aux larmes en à peine quelques pages, et la bienveillance qui émane de ce manga continue de nous faire l’effet d’un gros câlin.

 

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Co-fondateur de Try aGame, pinailleur en chef, amateur de belles histoires et fier papa de cette espiègle petite manette qui squatte chaque page du site.

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