[Critique] March Comes In Like A Lion : l’ode à la vie de Chica Umino (tomes 1 – 5)

March Comes In Like A Lion Umino Chica Big Kana

Créé par la mangaka Chica Umino, March Comes In Like A Lion est un manga qui raconte les grands questionnements de la vie ainsi que certaines des embûches qui nous y attendent tout au long de celle-ci, le tout avec une douceur et une justesse désarmantes.

Nous en parlions déjà il y a quelques temps à l’occasion de la disponibilité de l’anime sur Netflix, March Comes In Like A Lion est avant tout un manga créé par Chica Umino. Doté de personnages profonds et de thématiques présentées avec virtusosité, ce manga édité en France par Kana est une véritable révélation pour qui saura se reconnaître dans telle ou telle situation du quotidien des divers personnages qui nous sont présentés. Après avoir été touchés par la qualité de l’anime, nous n’avons pas résisté à l’envie de nous pencher sur son matériau original d’encre et de papier.

• Type d’ouvrage : manga de type « tranche de vie »
• Thèmes principaux abordés : shôgi, dépression, famille, harcèlement, entraide, amitié
• Public : adolescents, adultes
• Maison d’édition : Kana (collection Big Kana)
• Auteurs : Chica Umino (traduction française par Misato Raillard)
• Mentions utiles : ouvrages mis à disposition par les Éditions Kana pour cet article (non-sponsorisé)

Marche comme si tu étais un lion

March Comes In Like A Lion (ou « 3-Gatsu no Lion » / « Sangatsu no Lion », littéralement « le lion du mois de mars ») est un manga qui nous place dans la vie quotidienne de Rei Kiriyama, un jeune homme qui combine sa vie de lycéen avec celle de joueur professionnel de Shôgi (un jeu de plateau japonais similaire aux échecs). Très timide et renfermé, Rei n’a pas d’ami, et son seul interlocuteur au sein de l’école n’est véritablement que cet enseignant un peu exubérant et fan de shôgi qui n’hésite pas à le rejoindre dans les escaliers du dernier étage pour lui tenir compagnie pendant les heures de repas – une période durant laquelle Rei préfère s’isoler. Et en tant que l’un des plus jeunes joueurs professionnel de Shôgi au Japon, le quotidien extra-scolaire de Rei n’est guère différent.

Enchaînant les parties et les tournois, le jeune prodige qui doit son talent à un travail acharné n’est pas forcément plus social. Il faut dire que malgré son jeune âge, Rei doit composer avec une vie qui n’a pas souvent été tendre avec lui. Après avoir perdu ses parents et sa petite soeur dans un accident de voiture, Rei a été rejeté par une tante vénale et recueilli par l’un des amis de son père. Passionné par le shôgi, Masashika Kôda élève alors Rei comme son fils mais également comme son élève. Une situation un peu ambigüe, et qui n’est pas sans causer de remous au sein de sa famille adoptive, le jeune homme dépassant rapidement le niveau de jeu des deux autres enfants de la maison. Et quand la passion d’un père transmise à ses enfants de manière aussi rigide devient un enjeu de reconnaissance, cette mise au ban progressive des enfants de Kôda en faveur de Rei va fracturer lentement l’unité de la famille au point de pousser Rei à quitter le foyer pour vivre de manière indépendante et ne plus être – d’après lui – l’élément perturbateur.

March Comes In Like A Lion manga Chica Umino Big Kana

Cette vie fait de solitude et de questionnements pèse énormément sur la jeune existence de Rei qui, même si le terme n’est jamais évoqué une seule fois, sombre toujours plus dans une violente dépression. Mais alors qu’ils se retrouve au fond du gouffre après une soirée d’une rare violence qui s’achève par un Rei blessé gisant au bord de la rue, Rei est recueilli par une jeune femme nommé Akari qui l’emmène chez elle afin de prendre soin de lui. Elle-même touchée par un drame familial dont elle ne parle jamais, Akari vit avec ses deux petites sœurs, la collégienne Hinata et la petite Momo dont elle s’occupe seule avec l’aide de leur grand-père. La positivité et l’allant de ce trio sororal éblouit rapidement la vie de Rei qui n’est pas habitué à autant d’attention innocente et sincère. Et si les trois sœurs ont visiblement leurs propres fardeaux à porter, leur façon de gérer le quotidien en comptant les unes sur les autres à force de courage et d’empathie est un véritable rayon de soleil pour Rei. Ainsi pourrait se résumer le début de l’histoire, première pierre d’un long chemin vers le bout du tunnel.

Un regard d’une grande justesse

La grande force de March Comes In Like A Lion, et cela se constate très rapidement au sein du tome 1, c’est le réalisme avec lequel Chica Umino décrit certaines situations ainsi que la justesse du cheminement de pensée de ses personnages. Dans les mini-histoires annexes présentes à la fin de certains tomes, on apprend que la mangaka effectue un véritable travail de recherche concernant certains sujets comme le shôgi, en étudiant à la fois le jeu en lui-même mais également les humains qui gravitent autour. Cette attention portée à l’humain se ressent tout au long de l’histoire, avec des personnages forts et réalistes, qu’on se surprend parfois à aimer ou à détester avec la même intensité que dans la vie réelle. Cela se constate aussi dans les détails apportés à la psychologie et à la vie des personnages les plus secondaires, comme ces adversaires d’âge mûr que Rei doit battre au cours d’une compétition et qui possèdent chacun leurs motivations et leurs problèmes que Rei a bien du mal à comprendre et à gérer.

Mais des personnages, fussent-ils bien écrits, ne suffisent pas s’ils ne sont pas placés dans des contextes forts et crédibles, et s’ils n’interagissent pas entre eux de manière forte et réaliste. Là encore, Chica Umino nous prouve assez rapidement qu’elle possède un regard lucide sur les relations humaines et la grande diversité des situations que celles-ci peuvent engendrer. On notera, pour ne citer que cet exemple parmi tant d’autres, la précision avec laquelle la mangaka décrit les relations toxiques à travers le lien que Rei entretient avec sa grande sœur adoptive. Lui reprochant d’avoir détruit sa famille (pour les raisons citées plus haut dans cet article), Kyouko prend un malin plaisir à martyriser Rei par la biais d’une forme de harcèlement moral qui s’opère dès que les deux se rencontrent. Un jeu malsain, devenu une habitude, que la jeune femme âgée de quatre ans de plus que lui avait déjà prise lorsqu’ils habitaient tous les deux sous le même toit. Malgré tout, et malgré la colère du sentiment d’injustice que Rei lui oppose en face, le frère et la sœur tiennent pourtant l’un à l’autre à leur manière. « Plus que des étrangers, mais moins que des frères et sœurs », comme le dit très justement Rei à un moment précis de l’histoire : telle est la formule qui résume parfaitement cette relation mutuellement destructrice qui n’est rien de moins qu’un exemple de nombreuses relations toxiques auxquelles beaucoup de personnes ont déjà fait face au moins une fois dans leur vie.

C’est cet écho de situations vécues, mais parfois difficilement descriptibles, qui résonne chez la lectrice et le lecteur. Assez rapidement, il devient difficile de ne pas ressentir d’empathie pour ce vaste panel de personnages plus ou moins complexes, et encore moins de ne pas céder à la réflexion personnelle lorsqu’une situation présente dans l’intrigue fait remonter des souvenirs personnels. Pourtant, que l’on ne se méprenne pas à ce sujet, March Comes In Like A Lion n’est pas un manga déprimant. Alternant habilement – et avec talent – entre les moments poignants et les gags récurrents qui ne manquent jamais de souligner un aspect plus léger de la personnalité de chacun, March Comes In Like A Lion se présente comme de véritables montagnes russes émotionnelles – qui feraient néanmoins voyager notre cœur avec douceur et attention.

March Comes In Like A Lion manga Chica Umino Big Kana 2

Des premiers tomes sous forme de grosse introduction

Si l’anime s’est arrêté à un stade précis de l’histoire et que nous ignorons pour le moment si celui-ci connaitra une suite, le manga March Comes In Like A Lion est quant à lui toujours en cours, avec 14 tomes actuellement disponibles en France et un 15ème qui est sorti au Japon à la fin du mois de décembre 2019. Pour cet article, nous nous sommes contentés de travailler sur les cinq premiers tomes, ceux-ci introduisant déjà un début d’histoire assez dense en situations et en réflexions. Et outre les thématiques liées aux dilemmes personnels de Rei, ces cinq premiers tomes mettent en place d’autres histoires à thèmes. On notera, parmi lesdits thèmes, le sujet de la culpabilité de la victime, celui de la quête de reconnaissance familiale et les fractures émotionnelles engendrées en son absence, l’adultère, la complexité de l’humain et son spectre émotionnel en zones de gris, ou encore le sacrifice de soi en faveur des autres. La fin du tome 5, d’ailleurs, annonce un des thèmes majeurs qui sera abordé à partir du tome 6 : le harcèlement scolaire. Autant de sujets importants que Chica Umino traite avec rigueur et sérieux, et que la mangaka fait porter sur les épaules de personnages qui brillent par leur humanité (pour le meilleur comme pour le pire).

Ces mêmes personnages, dont certains ont même pour objectif de nous proposer un chemin parmi tant d’autres face à des situations données. Et cela, en toute humilité, sans que l’autrice ne prétende détenir la vérité absolue. A travers les histoires de ses personnages, Chica Umino ne fait que nous présenter sa voie, ses propositions nées de ses recherches (ou de ses expériences personnelles ?), avec un détachement suffisant pour ne pas se perdre dans la leçon de morale ou dans le coaching détourné. Les situations présentées se vivent naturellement au fil de la lecture, et ce n’est qu’en sous-texte que nous pouvons ensuite décrypter le message de l’autrice. Un message souvent porteur d’espoir, bercé par un appel à l’empathie. Un message qui prend la forme d’un encouragement à la persévérance face aux pires difficultés et qui prend soin de vous rappeler que vous n’êtes jamais totalement seul. Plus qu’un message, en fait, March Comes In Like A Lion est une véritable ode à la vie. Une ode à cette force vitale qui est en nous et que le manga chante à chaque fois qu’un personnage ose résister aux vicissitudes de l’existence.

Édité en France par les Éditions Kana et traduit d’une main de maître par Misato Raillard qui nous permet de bénéficier ici d’une lecture en français très fluide, March Comes In Like A Lion est un manga à ne rater sous aucun prétexte si vous êtes sensibles aux belles histoires contemporaines. Loin d’être une œuvre de niche qui ne se destinerait qu’à quelques connaisseurs du genre, la série de Chica Umino possède ce qu’il faut pour toucher le plus grand nombre, qu’il s’agisse d’adultes mais également d’adolescents. Doté de thématiques fortes et extrêmement bien exploitées, March Comes In Like A Lion nous fait beaucoup penser aux BD Le Combat Ordinaire de Manu Larcenet dans le sens où ces deux œuvres savent communiquer directement avec le cœur et l’âme de ses lectrices et de ses lecteurs.

 

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Co-fondateur de Try aGame, pinailleur en chef, amateur de belles histoires et fier papa de cette espiègle petite manette qui squatte chaque page du site.

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