[Critique] March Comes In Like A Lion : l’ode à la vie de Chica Umino (tomes 9 à 11)

March comes in like a lion critique tomes 9 10 11

C’est avec les tomes 9, 10 et 11 que nous reprenons notre série de critiques de March Comes In Like A Lion, le manga feel good de Chica Umino et édité chez nous par les éditions Kana.

Le manga aux couvertures immaculées et aux illustrations pastel ne semble pas vouloir s’arrêter de sitôt. Avec les tomes 9, 10 et 11, le manga de Chica Umino dépasse d’ailleurs le record de publication son précédent récit, Honey and Clover (10 tomes). Le tout, c’est assez rare pour être noté, sans perte de qualité de récit.

• Type d’ouvrage : manga de type « tranche de vie »
• Thèmes principaux abordés : shōgi, vicissitudes de la vie, famille, sujets de société
• Public(s) : adolescents, adultes
• Maison d’édition : Kana (collection Big Kana)
• Auteurs : Chica Umino (traduction française par Misato Raillard)
• Mentions utiles : ouvrages mis à disposition par les Éditions Kana pour cette série d’articles (non-sponsorisés)
Liens vers chaque article de cette série de critiques : partie 1 (tomes 1 à 5), partie 2 (tomes 6 à 8), partie 3 (tomes 9 à 11), partie 4 (tomes 12 à 14)

Comprendre n’est pas justifier

Le tome 9 de March Comes In Like A Lion est très important et joue un rôle-pivot dans l’histoire. Celui-ci, en effet, clôt l’arc scénaristique du harcèlement scolaire tout en démarrant la prochaine phase du récit avec des évolutions majeures pour le protagoniste mais également pour d’autres personnages – à l’instar des sœurs Kawamoto. Ce changement majeur s’illustre notamment par le passage d’Hinata du collège au lycée, moment propice à la réflexion pour ceux qui l’entourent. La mangaka en profite également pour clore, de façon certes abrupte mais avec toujours autant de pertinence, les réunions entre Takagi (la bourrelle d’Hinata et de son amie dans l’affaire du harcèlement) et le professeur principal qui a pris le problème à bras le corps dans le tome précédent. Chica Umino continue ainsi d’adopter un point de vue pluriel sur les thèmes qu’elle aborde en apportant ici un éclairage sur le point de vue du harceleur, ce qui permet d’exposer le tableau du problème dans son ensemble.

A ce sujet, l’autrice fait à nouveau mouche, et l’hypothèse émise par le professeur principal fera sens pour toute personne qui se reconnaîtra dans les questionnements de Takagi ou qui aura eu l’occasion de faire face à des jeunes en difficulté au cours de sa vie. L’indécision, la peur du monde adulte qui exerce une pression indicible dès le plus jeune âge au Japon (mais aussi chez nous, dans une mesure différente), la confusion, le sentiment que rien n’a de sens… Le récit de Chica Umino ne cautionne à aucun moment le harcèlement exercé par Takagi, mais il prend le temps d’expliquer ce qui ne va pas afin de bien comprendre chaque angle du problème donné, une condition indispensable à toute quête de résolution efficace.

Si la lecture des trois quarts de cet arc aura rendu Takagi ainsi que ses actions insupportables pour bon nombre de lecteurs et lectrices, cette conclusion fait en revanche appel à leur sens de l’empathie en rappelant qu’il ne s’agit finalement que d’une enfant, en partie produit de la société qui l’entoure. Bien que par respect pour les victimes il ne soit aucunement question pour les enseignants de l’absoudre de ses méfaits, le manga fait ici preuve d’esprit critique et ne se contente pas de présenter Takagi comme une simple antagoniste monochrome. Et la punition est ici présentée comme une justice inévitable par égard pour les victimes, mais qui ne possède aucune valeur pédagogique pour régler le problème à la racine. Adolescente perdue dans les profondeurs abyssales du labyrinthe de ses angoisses, Takagi obtient de ce fait le droit d’être guidée en plus de la punition qui lui est due.

Stupeurs et sentiments

Une fois ce chapitre clos, Chica Umino temporise l’arrivée de l’arc suivant avec une succession de mini-histoires. Celles-ci déroulent des thèmes mineurs que l’autrice présente aux lectrices et aux lecteurs par le biais de ses désormais classiques focus sur des joueurs de shōgi qui personnifient à chaque fois un sujet bien précis (ici, se sentir vivant au bord du précipice de sa vie ou la découverte de nouveaux horizons alors que l’on croit avoir déjà tout exploré). Juste après ça, le manga prend également le temps de permettre à Rei de faire la paix avec plusieurs éléments de son passé. Cela s’illustre par plusieurs scènes courtes, tantôt humoristiques, tantôt sérieuses et touchantes, qui nous présentent l’évolution de Rei à travers ses propres yeux mais aussi ceux de ses proches. Rei, à ce stade du récit, appréhende avec plus de clarté les doutes et la douleur qui l’assaillent continuellement, et le jeune homme réussit enfin à en dessiner les contours avec plus de précision pour commencer à mieux leur faire face. En bref : Rei grandit et gagne en sérénité ainsi qu’en maturité, et c’est un véritable soulagement.

Malheureusement, le répit est de courte durée, et le nouvel arc démarre en plein tome 10 avec l’apparition du plus mystérieux des membres de la famille Kawamoto (la famille des trois sœurs qui recueille Rei au début de l’histoire). Courant jusqu’à la fin du tome 11, cet arc pose ici la question des liens familiaux dans leur ensemble, et de ce que ceux-ci peuvent imposer de meilleur comme de pire. Ce membre de la famille, pour le qualifier ainsi afin de ne pas divulgâcher l’intrigue, ne représente rien de moins que la notion de trahison familiale. Encore une fois, Chica Umino fait preuve de précision de son analyse du sujet, et cet odieux personnage n’est pas seulement décrit par ses actes, mais également par son mode opératoire et par sa manière de penser. Difficile ici de ne pas faire le lien avec la famille adoptive de Rei et plus particulièrement avec la relation toxique que celui-ci entretient avec sa sœur. Bien que tiré d’un contexte différent, il s’agit ici du même genre de lien néfaste qui se trouve renforcé par la puissance du carcan familial dont il est difficile de s’extirper par amour ou par sentiment de culpabilité.

Cet arc centré autour du drame familial des Kawamoto – dont on devine l’existence dès les premiers tomes de March Comes In Like A Lion – est sûrement l’un des plus puissants sur le plan émotionnel. On y découvre ainsi les détails de ce drame qui écrase les trois sœurs ainsi que leur tante et leur grand-père depuis des années, mais également le drame individuel de chacun des membres de cette famille dont certains ont du intérioriser leur souffrance afin d’assumer des rôles qui n’étaient pas les leurs et limiter les dégâts. Mais cet arc est également l’occasion pour Rei de prouver concrètement qu’il a mûri. Toujours confus à certains moments concernant la marche à suivre pour renvoyer l’ascenseur à cette famille qui l’a sauvé, Rei est cependant moins dispersé que durant l’affaire du harcèlement. De manière plus méthodique, plus froide et avec bien plus d’assurance qu’à l’accoutumée, c’est ici le joueur professionnel de shōgi qui prend le dessus et qui avance ses pions avec une stratégie implacable et pragmatique afin de protéger ceux qui lui sont chers. Un nouvel arc poignant, en somme, et qui, comme les autres avant lui, essaie de proposer certaines clés aux lecteurs et lectrices afin de mieux appréhender ce genre de situation dans la vraie vie.

Cette générosité dans le développement d’un thème, ce sens de l’empathie qui déborde du récit pour atteindre celui ou celle qui le lit, est sans conteste la plus belle des signatures de Chica Umino.

Lien vers la critique des tomes suivants : https://www.tryagame.fr/critique-march-comes-in-like-a-lion-lode-a-la-vie-de-chica-umino-tomes-12-à-14

Depuis la lecture du tome 1, c’est ici un coup de cœur permanent et ininterrompu pour March Comes In Like A Lion. Le manga de Chica Umino continue de ne pas décevoir et propose à nouveau des arcs scénaristiques d’une dimension humaine incroyable. Ce manga, édité en France par Kana (et dont le début de l’histoire est également disponible en anime sur Netflix), est d’ailleurs loin d’être terminé : l’œuvre de Chica Umino dispose en effet de 14 tomes traduits en français pour le moment, le 15ème est sorti au Japon en décembre dernier, et la publication semble être prête à continuer pendant encore un moment… si la santé de l’autrice, qui semble exposée à une charge de travail trop conséquente, le permet. Quoi qu’il en soit, et sous réserve que Chica Umino puisse prendre soin d’elle, on a hâte de découvrir la suite.

 

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